Il n’y a pas d’islam modéré

Essayiste, cadre du secteur du numérique
 

Un milliard de musulmans ne sont ni meilleurs ni pires qu’un milliard de chrétiens. Aucune religion, ni d’ailleurs aucune croyance ou philosophie, n’incline une société tout entière vers le bien. Mais ce n’est pas la même chose de prendre Mahomet, qui a tué, comme prétexte pour tuer, que de prendre Jésus qui, lui, a été tué. Il n’y a pas de christianisme fanatique, il n’y a que des chrétiens fanatiques (toujours trop nombreux). Il y a des musulmans modérés (la majorité). Il n’y a pas d’islam modéré.

Les religions, comme les hommes, sont marquées par leur enfance, de manière indélébile. Jésus est mort sur la croix ; Mahomet portait l’épée. On ne peut pas sortir de là. La laïcité pèche contre la logique d’Aristote lorsqu’elle traite également la cathédrale et la mosquée, les clous et les armes, le martyre et la conquête, celui qui a dit « Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre » et celui qui a accepté la lapidation des femmes adultères, la monogamie et la polygamie, « Rendez à César ce qui est à César » et le califat.

Il faut comparer les croyances dans leur période de première expansion, lorsque la foi est neuve et s’élance à la conquête du monde. Le christianisme, à travers trois siècles de persécutions, a d’abord conquis les esclaves, les femmes, les pauvres. Il a fini par convertir ses conquérants barbares. L’islam a connu une expansion fulgurante, les armes à la main, a soumis des populations, a fait des esclaves, a pillé et a amassé du butin. C’est ainsi que l’une et l’autre de ces deux religions ont trouvé leur berceau initial en des limites qui leur donnent leur identité presque définitive.

Toutes les périodes fondatrices peuvent être discutées et remises en cause.

Jésus et Mahomet sont bien des personnages historiques, mais personne ne peut prouver que le premier est le fils de Dieu, ni que le second est le dernier prophète. Aucun historien ne peut d’ailleurs prouver que Jésus a bel et bien été crucifié, comme le pensent les chrétiens, ou bien remplacé par un « sosie », comme l’affirme le Coran (4,156). Ce qui est certain historiquement, néanmoins, c’est que tous les chrétiens depuis deux mille ans croient, à tort ou à raison, en un homme qui a subi le pire des supplices, celui des esclaves fugitifs, et qu’il est fils de Dieu. Alors que tous les musulmans, à tort ou à raison, ne peuvent pas croire que Jésus, fût-il seulement envoyé de Dieu, puisse subir une telle humiliation.

C’est la première différence entre le christianisme et l’islam. Pour les musulmans, Dieu est « grand » et « miséricordieux ». Pour les chrétiens, ces mots sont encore réducteurs : Dieu est infiniment grand et « bon ». Dieu est certes « tout-puissant » dans les trois religions monothéistes, mais il n’est que cela dans l’islam, alors qu’il est également « tout faible » dans le christianisme. Il est un enfant qui vient de naître, il est flagellé et torturé. Dieu est « créateur du ciel et de la terre » pour tous les croyants, mais chez les musulmans, il lui est interdit d’engendrer. Chez les chrétiens, Jésus est « engendré, non pas créé, de même nature que le père » (le Credo). Cette « association » de Dieu à autre chose que lui, c’est à dire à l’homme, est considérée par l’islam comme « le seul crime que Dieu ne peut pas pardonner » (4,116). Les chrétiens n’acceptent pas cette nouvelle limite à l’infinité de Dieu. Pour eux, il y a du divin en l’homme, il y a de l’humain en Dieu. « L’association » combattue par l’islam, c’est « l’incarnation », fondement du christianisme et pierre de touche de la différence entre les deux religions.

Pierre de La Coste
Essayiste, cadre du secteur du numérique

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