[STRICTEMENT PERSONNEL] Lucide Albion

Dominique Jamet

Si certains faits divers frappent d’emblée l’opinion, puis restent longtemps inscrits dans les mémoires, ils le doivent à leur caractère horrible ou mystérieux, et finalement au fait qu’à la fois ils parlent à chacun et font parler tout le monde, y compris à tort et à travers. Ainsi de « l’affaire Grégory », du meurtre barbare de Lola, de la disparition du petit Émile ou, déjà grand classique du genre, du quintuple meurtre attribué au très relativement énigmatique Xavier Dupont de Ligonnès.

D’autres histoires, moins tragiques et donc moins susceptibles de développements spectaculaires, passent à peu près inaperçues et sont vite oubliées alors qu’elles mériteraient, si on n'y prend garde, de passer du niveau banal, quotidien, voire trivial, de la modeste rubrique des informations dites générales au rang des « faits de société », dignes d’intéresser politiques, historiens, sociologues, et qu’elles en disent long de la réalité au sein de laquelle nous vivons, tant bien que mal.

Ainsi de ce drôle de drame qui s’est déroulé, pas plus tard que la semaine dernière, dans les beaux quartiers de Paris et qui n’a eu droit qu’à quelques lignes çà et là.

L’appartement d’une dame apparemment fortunée a attiré l’attention puis reçu la visite intéressée de quelques malfrats qui y ont trouvé, dérobé et emporté un confortable butin composé de bijoux, de montres et autres objets de valeur.

Quoi de plus banal, direz-vous ? Sans doute, mais la victime de ce qu’il faut bien appeler un vol, fût-il commis sans violence, a refusé de porter plainte contre ses auteurs.

Une bonne dame pleine de compassion

Étonnant ? Pas du tout. Cette dame, prouvant qu’on peut avoir à la fois le portefeuille à droite et le cœur à gauche, avait appris que les malfaiteurs, identifiés et arrêtés, étaient issus du tiers-monde, donc victimes avant d’être coupables, innocents par nature, fussent-ils délinquants sous l’empire de la nécessité, puisque payant encore les conséquences du colonialisme, de l’exploitation de leur continent par le capitalisme sans entrailles et de la réduction en esclavage de leurs ancêtres par celui dont vient tout le mal : l’homme. L’homme blanc.

Absurde, en 2024 ? Certes. On relèvera cependant qu’il n’est pas si fréquent, et donc plutôt à l’honneur de la dame volée et contente, de voir un homme ou une femme « de gauche » mettre en accord ses actes et ses opinions et tirer honnêtement les conséquences de ses grands principes, de ses grands sentiments et de ses grandes illusions.

Sur le plan de la morale, de la loyauté, on ne saurait refuser à cette personne le mérite de la logique, de la cohérence, et rien au demeurant n’oblige un individu, quel qu’il soit, à poursuivre de sa vindicte celui qui lui a causé un tort, léger ou grave. On n’en jugera pas moins que, sur le plan intellectuel, la dame en question se met profondément le doigt dans l’œil en pratiquant la culture de l’excuse, c’est-à-dire en croyant et en donnant à croire qu’il existerait des sociétés qui ignoreraient les notions du bien et du mal, de la propriété et du vol, et des voyous, venus d’ailleurs, qui seraient autorisés à voler, à violer et, pourquoi pas, à tuer sous prétexte qu’au temps désormais lointain des colonies, un soldat du général Bugeaud, ancêtre de la bonne dame du XVIe, aurait combattu, vaincu et asservi un fidèle d’Abd el-Kader. Au-delà de toute considération personnelle, l’exemple que donne la volée à ses voleurs et à toute la société n’est pas ou pas seulement celui de l’indulgence, de la générosité et du vivre ensemble, mais celui de la discrimination, de l’irresponsabilité et de la capitulation. Un exemple qu’une société ne saurait suivre sans se condamner elle-même à mort.

Car les autorités constituées sur lesquelles repose toute société organisée - la police, la justice, autrement dit la force publique et ses lois - n’ont pas seulement le droit, mais bel et bien le devoir premier et ultime d’assurer la sécurité, la protection, l’existence même des individus qui la composent, et de poursuivre, de punir et de mettre hors d’état de nuire ceux qui portent atteinte aux biens, à la vie, à la culture, à la civilisation des populations qui constituent un ensemble appelé communauté, nation, État.

Destination Rwanda !

C’est la démonstration que vient de faire, après des mois de débats, de tergiversations, de controverses, le gouvernement conservateur de la Grande-Bretagne, présidé par un Premier ministre d’origine indienne, en faisant voter une loi qui prévoit de rendre effective l’expulsion de ceux qui pénètrent illégalement ou séjournent clandestinement sur le territoire britannique, puis leur internement dans des centres de rétention situés au Rwanda où ils pourront soumettre leur dossier aux autorités britanniques, s’établir ou retourner dans leur pays d’origine.

Le Brexit dont, comme par hasard, on nous décrit jour après jour les effroyables conséquences pour le Royaume-Uni permet à nos voisins d’outre-Manche de braver et d’ignorer les condamnations morales ou judiciaires que ne manqueront pas de leur infliger Cour de justice européenne et Cour européenne des droits de l’homme. La loi que vient de faire voter M. Sunak étend, c’est-à-dire rend au pays la liberté, qui dans tout pays civilisé est celle de tous les citoyens, de refuser que s’établissent et prolifèrent sur son sol des gens qui prétendent y résider sans droit et s’y incruster contre les lois locales et la volonté de la population. C’est le coup d’arrêt qui prétend opposer un barrage à la subversion venue d’autres pays soumis à des dictatures politico-religieuses, et à la submersion de l’Angleterre par des millions d’individus chassés de chez eux par la misère ou la guerre et qui prétendent soumettre le pays d’accueil aux règles et aux lois qui les ont poussés à quitter leur terre natale.

Qu’adviendra-t-il de ce sursaut de révolte contre un destin qui ne menace pas seulement la Grande-Bretagne mais la totalité d’une Europe en pleine crise démographique ? La loi à peine votée, les travaillistes, favoris des prochaines élections, ont fait savoir qu’ils l’abrogeraient. Le journal français Libération a qualifié, en toute simplicité, la réaffirmation par le Parlement britannique du droit, chez soi, d’être chez soi d’infâme. C’est un tout autre type d’infamie contre lequel luttait Voltaire, il y aura bientôt trois cents ans.

Dominique Jamet
Dominique Jamet
Journaliste et écrivain Président de l'UNC (Union nationale Citoyenne)

Vos commentaires

27 commentaires

  1. Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes s’applique à beaucoup de peuples mais est refusé au peuple français

    • A certains,on viendrait leur tuer père et mère, qu’ils nieraient encore les méfaits de l’immigration, c’est le cas de cette dame, une actrice française connue, et j’ ai entendu à la télévision le père de Matisse, tué de coups de couteau par un jeune Afghan, dire qu’il ne voulait pas qu’on parle de l’origine du jeune criminel.Quand on en est là pour certains….

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