Voyage en Égypte : Marine Le Pen se taille un véritable costume de présidentiable

Considérée par le Time parmi les cent personnalités « les plus influentes du monde » et après s’être rendue au gala du journal en question au mois d’avril, avant de se rendre à Moscou au mois de mai rencontrer le président de la Douma, Marine Le Pen vient d’être reçue par le grand imam égyptien de l’institution al-Azhar, Ahmed al-Tayeb.

Un voyage organisé par Aymeric Chauprade, pourtant démis de ses fonctions de chef de la délégation frontiste au Parlement européen pour avoir parlé d’« une cinquième colonne islamiste » en France. Un voyage que le FN, dans un communiqué, justifiait dans le but de « manifester son soutien au président Sissi dans sa lutte sans faille contre les islamistes […] » Marine Le Pen se souciant « d’un retour à la paix entre les chiites et les sunnites », et la présidente du FN se présentant en « protectrice des chrétiens d’Orient et aussi fière de sa propre civilisation que le sont les Égyptiens de la leur ».

En acceptant la demande d’entrevue avec Marine Le Pen, la grande institution du Caire entendait lever de « sérieuses réserves » concernant « les positions hostiles [du FN] à l’islam et aux musulmans, telles qu’elles sont rapportées dans les médias nationaux ». Si, au Caire, on s’interroge sur la véracité des informations diffusées sur les chaînes françaises, c’est plutôt bon signe !

Marine Le Pen, selon al-Azahr, aurait « reconnu qu’il ne fallait pas faire d’amalgame entre l’islam et les actes de violences commis par ceux qui s’en réclament ». Mais, sincère ou non, Marine Le Pen – lors d’une rencontre demandée par le Front national en personne – commettrait indubitablement une faute de politique internationale majeure en critiquant la religion d’un chef religieux dans son propre pays !

D’autant plus que, professeur de théologie à l’université al-Azhar, le cheikh Ahmed al-Tayed s’était distingué – lors de la chute de Moubarak – à promouvoir un État-nation « moderne » et « démocratique », ce qui le conduisit à contrer le pouvoir des Frères musulmans et des salafistes. Bémol : la faveur accordée au cheikh pour une Constitution basée sur la charia. L’institution al-Azhar considère cependant la rencontre avec Marine Le Pen comme un geste « d’ouverture » visant à lui montrer ce qu’est « le véritable islam ».

Le véritable islam ? Quelques jours à peine avant les attentats de janvier, l’actuel président égyptien Al-Sissi – élu en 2014 avec 96 % des voix – appelait à le « révolutionner », estimant fondées les craintes de l’Occident à son endroit, craintes provenant « de l’islam lui-même ». Où s’est-il exprimé ? Devant quel public ? Précisément à l’université al-Azhar et devant un parterre de leaders religieux de son pays.

« Ce corpus de texte et d’idées que nous avons sacralisé depuis de nombreuses années, au point que s’en éloigner est devenu presque impossible, suscite l’hostilité à notre égard du monde entier. Est-il concevable que 1,6 milliard de personnes puissent penser qu’ils doivent tuer les autres membres de l’humanité qui compte 7 milliards de personnes afin de pouvoir vivre ? »

À l’instar du sportif augmentant sa charge d’entraînement en vue d’une compétition, Marine Le Pen, en multipliant des rencontres internationales, se taille un véritable costume de femme présidentiable. Et si la prochaine étape était une discussion avec… le président Al-Sissi ?

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