Le RN toujours à 32 %, selon l’IFOP : Jordan Bardella va-t-il faire sauter le verrou francilien ?

© Jordan Florentin
© Jordan Florentin

À un mois des élections européennes, les sondages sont d'une constance impressionnante. L'Euro-Rolling de l'IFOP de ce 10 mai donne toujours la liste RN de Jordan Bardella à 32 %, devant celles de Valérie Hayer qui stagne à 17 % et de Raphaël Glucksmann à 13,5 %. Pour cette vague, l'IFOP a souhaité insister sur un phénomène nouveau déjà indiqué par Boulevard Voltaire dans l'un de ses propres sondages hebdomadaires, il y a quinze jours : le niveau inédit des droites, et des droites dites nationalistes. Pour l'IFOP, « 40 % d’intention de vote à l’élection européenne en faveur du bloc de droites radicales/souverainistes, c’est le taux le plus important mesuré depuis le 9 avril 2024 (+3 points depuis le 24 avril). » Surtout, les sondeurs constatent que le RN « continue sa course en tête [...] tout en ne cannibalisant pas l’électorat zemmourien. » Pour l'IFOP, « il y a pour l’heure toujours un espace pour une offre nationaliste plus libérale et conservatrice incarnée par Marion Maréchal ». Une situation qui ravira toutes les droites, la liste LR de Bellamy étant créditée de 7,5 % par ailleurs. Si telle était la nouvelle situation politique qui devait sortir des urnes le 9 juin, ce serait une nouvelle métamorphose de la théorie des trois droites chère à René Rémond. Et une situation politique tout aussi inédite, avec un parti pivot nettement dominant (pas le dualisme RPR-UDF de naguère), flanqué de deux courants structurés, avec leur électorat propre, et capables de peser puisqu'ils sont donnés au-dessus des 5 % fatidiques.

Mais il sera aussi intéressant de scruter la nouvelle carte de France générée par cette évolution. En effet, les résultats électoraux (sondages et scrutins véritables), ce sont des scores globaux, des additions, mais c'est aussi de la sociologie et de la géographie. Côté sociologie, tous les commentateurs ont relevé que la percée de Bardella reposait sur la conquête de catégories naguère réticentes à voter RN : retraités, cadres, etc. Mais cette évolution correspond aussi à des modifications importantes de la carte électorale. Et c'est ce qu'enregistre précisément, pour la première fois, cette vague IFOP du 10 mai : le vote Bardella dans l'agglomération parisienne atteint le score inédit de 22 %, faisant un bond de 8 % depuis la précédente enquête. Si le RN atteint 41 % dans les communes rurales, ses bastions, et 32 % dans les « communes urbaines de province », cette percée en région parisienne est spectaculaire car le RN, selon l'IFOP, y dépasserait même la liste macroniste (à 21 %) et les listes PS et LFI. Le territoire bien gardé de la gauche et du centre serait désormais accessible au RN : une révolution.

Si ces intentions de vote en faveur du RN en région parisienne se confirmaient, ce serait un bouleversement du paysage politique, car là était le véritable plafond de verre du RN. Il avait beau progresser en province, dans les petites et moyennes communes, tant que les métropoles lui tournaient le dos, les chiffres étant ce qu'ils sont, la route du pouvoir lui était barrée.

Comment expliquer cette évolution de fond ? La personnalité de Jordan Bardella, enfant de Seine-Saint-Denis, n'y est certainement pas étrangère. Mais plusieurs événements récents ont sans doute beaucoup compté dans cette mutation francilienne. D'abord, le discrédit politique des forces dominantes en Île-de-France : LFI, devenue un repoussoir depuis sa dérive pro-Hamas, et Renaissance, plombée par l'impopularité de Macron et son bilan calamiteux, même en économie. Mais c'est, bien sûr, l'explosion de l'insécurité liée à l'immigration qui touche autant la France périphérique que l'agglomération parisienne qui rend le RN audible. Si Jordan Bardella réussit à faire sauter ce verrou, comme ce sondage l'indique, alors tous les espoirs sont permis au RN.

Frédéric Sirgant
Frédéric Sirgant
Chroniqueur à BV, professeur d'Histoire

Vos commentaires

22 commentaires

  1. Il reste un petit mois pour convaincre les abstentionnistes. A peine 10% des français seraient au courant de cette élection et encore moins de son importance. La discrétion des ondes officielles reflète l’inquiétude du pouvoir quant au résultat possible du scrutin! Une première occasion de balayer les ennemis de la France, c’est le 9 juin prochain!

  2. Ce qu’il serait intéressant d’observer c’est si Jordan Bardella dépasse les 50% à l’échelle d’une circonscription. Je pense que sur plusieurs circonscriptions, à commencer par celle de son directeur de campagne, il atteindra ces 50%. Ensuite concernant le vote francilien, le RN était déjà fort en Seine-et-Marne et en Essonne, un peu moins en Val d’Oise et en Yvelines, bien que le 78 soit un bastion pour le vote Reconquête. C’est donc uniquement Paris et sa petite couronne qui sont les résistants au vote RN. Enfin, même si je m’avance un peu, plusieurs indicateurs semblent annoncer une remontée de François-Xavier Bellamy. Voyons hé quelle mesure sa progression se fera au détriment de Marion Maréchal ou de Valérie Hayer.

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