François Hollande contribue au rayonnement des arts et des lettres de notre pays, et soutient ses exportations. À sa façon et à son corps défendant, soit, mais enfin les faits sont là : entame à Londres une grande tournée médiatique et son livre sera traduit dans pas moins de 11 langues, en vue d’arroser l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Chine, le Vietnam, l’Albanie, la Pologne, la Russie, les États-Unis…

Dans sa version anglaise, le titre Thank You for This Moment comportera en sus un sous-titre : A Story of Love, Power and Betrayal (Une histoire d’amour, de pouvoir et de trahison). Comment l’éditeur français n’a-t-il pas lui-même pensé à cette touche discrètement glamour, ambiance série sur la 2, après le journal de 13 h d’Élise Lucet ?

Les Anglais redoublent, dit-on, dans le “french bashing”. Secrètement amers sans doute que les frenchies aient trouvé la recette de deux sauces originales de leur cru, et les aient réunies en une seule mayonnaise : « Valérie », un panaché de Lady Di et de Camilla Parker Bowles. Ils se tapent donc sur les cuisses en évoquant « Mister Hollande », comme ils parleraient de « Mister Bean ». Reconnaissons qu’il y a un certain air de famille. « Comment ce coureur de jupons qu’est le président de la a envoyé 29 textos en un jour pour reconquérir la première dame qu’il avait trompée… alors même qu’il était censé être en plein entretien avec Obama et Poutine », écrit le Daily Mail.

On a les pôles d’excellence que l’on peut. Mais dans celui-là, comme dirait feu Freddie Mercury, We Are the Champions. Les Allemands eux-mêmes font la gueule. La preuve en est que ce chef-d’œuvre ne sera pas traduit dans la langue de Goethe. Sûrement parce qu’ils se savent bien incapables d’être compétitifs. Non qu’Angela Markel n’ait pas connu quelques revers matrimoniaux. Ulrich Merkel, tel est le nom du premier mari de la chancelière, patronyme que celle-ci, à l’instar de Valérie Trierweiler, décida de garder, même lorsqu’elle décida de refaire sa vie avec Joachim Sauer. Mais la ressemblance s’arrête là. Les Allemands sont si ennuyeux, n’est-ce pas ? Inutile d’attendre du physicien Ulrich Merkel qu’il nous raconte ses crises de nerfs, ses roulades sur le lit, ses scènes de ménage dès potron-minet avec Angela en pyjama, entre sèche-cheveux et verre à dents. Inutile d’espérer, de Joachim Sauer, professeur d’université, enseignant la chimie, refusant systématiquement toute interview sans lien avec son activité d’enseignant, qu’il crêpe en public le chignon d’une vieille copine, ou qu’il embrasse avec rage Angela sur la bouche à la fin d’un discours officiel pour faire bisquer ce sagouin d’Ulrich.

Pas la moindre chance que l’un ou l’autre imagine écrire autre chose qu’un pensum scientifique avec 12.000 renvois en bas de page et autant de notes à la fin. Et Angela elle-même a si peu de fantaisie que lorsqu’elle a un entretien avec Obama et Poutine, il est probable… qu’elle les écoute.

L’éditeur a lâché que Valérie Trierweiler, grâce à son livre, devrait gagner entre 1,3 et 1,7 million d’euros. Une juste compensation, pour panser ses plaies. Quel dommage que la France ne sache pas tenir un stylo. Car si chaque humiliation, tromperie, désinvolture dont elle a fait l’objet depuis qu’elle s’est mise en ménage avec Hollande pouvait se monnayer, le remboursement de la dette ne serait plus un grand problème.

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