Avec Hillary Clinton, l’amie éternelle des Saoudiens, celle qui leur fournit des armes pour anéantir l’opposition yéménite (ce qu’elle n’hésite pas à faire, aussi, en Syrie, mais pour alimenter la rébellion et non pas le gouvernement), le Yémen se meurt sous nos yeux.

Une famine extrême dévaste une partie du pays. Les photos que je viens de découvrir, non pas à la une de Paris Match où elles devraient être publiées mais sur quelques pages de Facebook, me rappellent celles que Gilles Caron avaient faites au Biafra en 1968 ! Comme quoi, une fois de plus preuve est faite que le monde n’avance pas mais qu’il recule.

Au Biafra, il s’agissait pour le régime de Lagos de mater la sécession de cette région catholique. Au Yémen, les enjeux sont plus politiques : il s’agit d’éradiquer les rebelles chiites houtis venus du Nord-Yémen pour prendre le pouvoir à Sanaa – ce qu’ils ont réussi à faire en octobre 2015 -, obligeant le président Hadi à se réfugier avec son gouvernement légal à Aden, puis à Riyad. Depuis, le « conseil politique » des milices chiites houties règne à Sanaa, d’où les Saoudiens tentent de les déloger à coups de lourds bombardements. Un peu comme le fait, légalement, Assad sur Alep, ou la coalition occidentale sur Mossoul.

Mais au Yémen, il s’agit d’une coalition militaire arabe qui a jeté sur les routes désertiques du Yémen plus de 3 millions d’habitants, entraînant une crise humanitaire majeure. Je devrais écrire une coalition sunnite car, une fois de plus, comme en Syrie ou en Irak, ce sont les deux frères ennemis de l’islam qui s’affrontent : les chiites, qui au Yémen représentent environ 30 % de la population, et dont la rébellion houtie ne laisse pas indifférent l’Iran, et les sunnites, forts du soutien de la monarchie voisine où règne le sunnisme pur et dur. Les Rafale saoudiens s’en donnent à cœur joie et, depuis peu, ce sont des troupes au sol qui tentent de remettre sur son siège le président Hadi.

De timides pourparlers de paix ont bien eu lieu pour s’interrompre en août dernier, les Houtis ne voulant ni céder le terrain conquis, ni rendre leurs armes et le pouvoir chèrement acquis. Les raids aériens ont donc repris, n’épargnant ni un hôpital, ni une école, ni les habitations.

L’UNICEF estime à près de 20 millions le nombre des Yéménites manquant d’eau et près de 14 millions ne mangent plus à leur faim ; une famine qui touche en premier lieu les enfants et les vieillards. Les photos montrant ces cadavres ambulants feront-elles changer la donne, et décideront-elles les États-Unis à arrêter leur soutien sans limite à la monarchie saoudienne ? Les frappes ont détruit, selon Le Monde, 1.600 écoles et 600 hôpitaux ou infirmeries.

Washington a accordé 22 milliards de dollars d’aide militaire à Riyad, et envoyé plusieurs experts militaires au Yémen. Or, toujours selon Le Monde qui cite un document découvert par l’agence Reuters :

une décision de 2013 […] élargit en droit la responsabilité dans les crimes de guerre. Il s’agit du jugement prononcé par une cour spéciale créée après la guerre civile en Sierra Leone, qui a condamné l’ancien président libérien Charles Taylor. Le jugement de cette cour, soutenue par l’ONU, précise que « l’aide pratique, l’encouragement et le soutien moral » suffisent pour être désigné responsable d’un crime de guerre.

Menace ressentie par Ned Price, le porte-parole du Conseil de sécurité nationale à la Maison-Blanche, qui a déclaré:

La coopération sécuritaire avec l’Arabie saoudite n’est pas un chèque en blanc.

Mais qu’en pensent Obama, Clinton ou Trump ?

26 octobre 2016

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