La visite officielle en France du président mexicain Enrique Pena Nieto en France risque bien de lui laisser un goût amer. Déjà, la présence d’un détachement de son armée lors du défilé du 14 juillet a suscité la polémique. En effet, cette dernière est accusée de nombreuses exactions dans sa lutte contre les narcotrafiquants. Et, pour tout arranger, l’un d’eux, le plus célèbre tant qu’à faire, Joaquín Guzmán, dit « El Chapo », patron du cartel de Sinaloa, vient une nouvelle fois de se faire la belle.

En 2001, il s’était déjà évadé d’une prison censée être de sécurité maximale. Comment ? En couvrant ses gardiens d’or, tout simplement. Il est vrai que pour l’homme classé 57e fortune mondiale par le magazine Forbes, il ne s’agissait que d’un pourboire.

Le 22 février 2014, il est à nouveau arrêté dans sa villa de Mazatlán au Sinaloa, dans laquelle les forces de l’ordre mettent la main sur un arsenal digne d’une véritable armée. Mieux, on y découvre un invraisemblable réseau de tunnels permettant à « El Chapo » d’aller à sa guise dans telle ou telle de ses nombreuses résidences de luxe.

Ce samedi dernier, c’est encore grâce à un tunnel qu’il a pris une nouvelle fois la poudre d’escampette. Normalement, c’est le prisonnier qui creuse de sa cellule. Là, c’est le contraire : « El Chapo » a les moyens. Ainsi, ses gardiens, après s’être rendus compte que les écrans de vidéo-surveillance de ce détenu VIP étaient tombés en rideau, ont-il découvert, partant de sa douche, un tunnel long d’un kilomètre et demi, creusé depuis une bicoque en construction… Et pas n’importe quel tunnel, puisque équipé d’une ventilation et d’un ingénieux système servant à dégager terre et débris.

À en croire Mike Vigil, ancien chef des opérations internationales de la DEA américaine, « S’il n’est pas capturé dans les 48 heures, il va pouvoir reprendre le contrôle total du cartel de Sinaloa. » Plus facile à dire qu’à faire, car dans son fief, Joaquín Guzmán est comme un poisson dans l’eau ; comme naguère son homologue colombien, Pablo Escobar. Il sera d’autant mieux protégé par les populations locales que, non content d’y faire éventuellement régner la terreur, il est surtout vénéré par le petit peuple. Logique, dans un État en décomposition, il y a longtemps que les cartels sud-américains investissent dans le : électricité, eau courante, paraboles sont généralement installés à leurs frais dans les quartiers les plus pauvres. Sans compter que ces mêmes cartels sont l’un des plus importants employeurs de la région, même s’il s’agit généralement de contrats des plus… précaires.

En effet, tel qu’inlassablement répété par le criminologue Xavier Raufer, bien connu de nos lecteurs, avec la menace terroriste, les services secrets en sont venus à tenir le crime organisé pour péril secondaire, tandis que les libéraux technocrates des instances internationales, FMI, Commission européenne, etc. n’ont manifestement pas compris qu’en tentant d’instaurer un libre-échangisme mondialisé, ils réalisent les vœux secrets de toutes les mafias de la planète.

Il est ainsi des chiffres qui donnent le tournis.

Entre 2006 et 2012, et ce pour le seul , le bilan de la guerre du narcotrafic s’élèverait à 100.000 morts et près de 30.000 disparus. Entre 2012 et 2014 ? 80.000 autres victimes. Soit un total de plus de 200.000 morts. À titre comparatif, en Irak, de 2003 à 2011, le bilan se monte à 500.000, soit à peine deux fois plus, et c’est sans compter des statistiques tout aussi tragiques en , Guatemala, Honduras et autres pays d’Amérique latine gangrénés par ce fléau d’un type nouveau…

D’autres chiffres, pour finir, ceux des forces en présence au Mexique : les forces de l’ordre, et armée, alignent péniblement 36.000 hommes, contre 100.000 pour les narcotrafiquants, alors que Daech n’est forte que d’une armée de 35.000 soldats, auxquels il faut ajouter 15.000 volontaires venus de l’étranger.

Comme quoi il n’est pas toujours inutile de remettre certaines choses en perspective.

13 juillet 2015

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