Le féminisme est accusé de mener des luttes qui seraient dérisoires, insensées, des batailles pour le vocabulaire qui n’auraient rien à voir avec les sujets vraiment graves, avec les violences.

En réalité, le vocabulaire sexiste facilite les violences, et c’est bien pourquoi les féministes le combattent avec acharnement. 

Je dis bien facilite, et pas seulement encourage ou légitime par les idées. Facilite, c’est-à-dire, fournit les armes qui permettent les agressions contre les femmes.

Cécile Duflot, sur l’affaire Baupin, ( Emission  « C à vous » du 10 mai)  vient d’en fournir un exemple de plus.

Elle explique que les femmes qui ont témoigné ces jours-ci contre Denis Baupin  étaient toutes dans une situation économique fragile, la plupart, isolées.  

Elle rappelle la tribune parue dans Libération en 2015 : 40 journalistes, des femmes, dénonçaient les agressions sexuelles et chantages de la part d’hommes politiques. 24 d’entre elle n’osaient pas signer de leur nom, car : « Nous aurions adoré pouvoir toutes signer ce texte sans avoir à se retrancher derrière l’anonymat. Mais certaines d’entre nous sont dans des situations professionnelles compliquées et n’ont pas besoin qu’on rajoute de la discrimination à des conditions de travail délicates. Ne pas subir le machisme pour l’avoir dénoncé en quelque sorte. ».

Cécile Duflot raconte ensuite une agression qu’elle a elle-même subie. À 18-19 ans, nouvellement embauchée dans un bureau d’étude, elle est seule dans une équipe d’une vingtaine d’hommes. Cécile Duflot n’était pas mariée. « Mademoiselle ».

Ses collègues s’amusent à faire un montage photographique, insérant son visage dans des images pornographiques.

Que faire ? Cécile Duflot demande à son compagnon d’alors, un hockeyeur d’un mètre quatre vingt quinze de « venir pour leur faire peur » « et ça a marché » …
Ses collègues auraient ils joué à ce sale petit jeu avec une femme mariée ? Non, parce qu’ils auraient eu peur d’avance. La dame : tu touches pas, propriété de Monsieur, le mari pourrait venir te péter la gueule.

Juridiquement, l’usage d’informer sur la vie privée des femmes est une atteinte discriminatoire à la vie privée des femmes.
Concrètement, cet usage permet de désigner les femmes isolées, les proies potentielles : jeunes célibataires, divorcées, veuves avec orphelins…  Il est un outil d’intimidation : « toi, la demoiselle, tu n’es pas en mesure de dire non, alors tu sais ce qui te reste à faire… ».
Instrument de sujétion imposé par le groupe dominant, il sert à assurer la paix dans ce groupe, en évitant la bévue de s’en prendre à la femme appopriée par un autre.

L’information est un pouvoir. Tout le monde le sait. Le vocabulaire sexiste véhicule l’information. Le sexisme linguistique est tout sauf anodin. Prétendre le contraire ou faire comme si on l’ignorait, c’est se moquer du monde.

Combattre le sexisme des mots n’a rien de dérisoire. 

13 mai 2016

Partager

À lire aussi

Anne-Lorraine Schmitt : le devoir de combattre, le devoir de vivre

Agnès, Maria, Anne-Lorraine, radicales, elles ont préféré dire, jusqu'au bout de leurs for…