Tuerie de Newtown. Après l’émotion, le débat. Après les larmes d’Obama, une loi interdisant la vente de certaines armes aux USA ? Mais quid du deuxième amendement qui prévoit le droit du peuple à se défendre ? En France, beaucoup ont du mal à comprendre l’attachement du citoyen américain à ses armes (comme à la peine de mort d’ailleurs). La National Rifle Association et ses 4,2 millions de membres seraient des barbares. Et Clint Eastwood, quasiment un facho. Pourtant, après chaque tuerie, les Américains sont davantage à se ruer dans les armureries qu’à réclamer un contrôle plus strict.

Extraits du livre de notre contributeur Paul Lycurgues, Aux armes citoyens ! : Plaidoyer pour l'autodéfense
(éditions Mordicus). Première partie.

Le second argument[ref]Le premier de ces mensonges, que l’on peut qualifier « d’argument historico-culturel », est le suivant : les armes ne relèveraient pas de notre culture. Elles n’appartiendraient pas à notre histoire. Au contraire d’une Amérique forgée par la conquête de l’Ouest et les guerres indiennes, l’Europe serait un continent pacifié de longue date et durablement désarmé dont la France serait simplement l’exemple le plus abouti. Rien, bien entendu, n’est plus faux.[/ref] souvent invoqué contre la liberté de posséder et de porter les armes, le second mensonge, est d’ordre utilitariste. Il affirme en substance : « Les armes individuelles tuent ; loin de constituer une réponse à la criminalité, elles l’aggravent. » À ce stade, on cite fréquemment l’exemple américain, brandi en repoussoir suprême, comme pour se convaincre que homejackings et autres drive-by shootings n’arriveront jamais chez nous. C’est là une tragique illusion, doublée d’une totale méconnaissance des faits.

Illusion parce que ces deux sortes de crimes, autrefois typiquement américains, sont bel et bien arrivés en France : « saucissonnages » dans les beaux quartiers, règlements de comptes à l’arme de guerre dans les « cités ». Méconnaissance surtout, parce que les statistiques n’établissent pas de corrélation positive entre taux de possession d’armes et criminalité ; un rapide examen des chiffres européens permet ainsi de dissiper immédiatement plusieurs mirages.

De façon générale et pour rester simple, la criminalité est corrélée à 4 facteurs principaux :

1 - la densité de population,
2 - le niveau moyen d’éducation et de revenus,
3 - l’âge et
4 - l’hétérogénéité de la population.

En clair, une zone urbaine dense, à la population hétérogène, et constituée de « jeunes » peu éduqués, tend à connaître davantage de crimes qu’une zone rurale, riche et ethniquement homogène. Sur ces bases, on trouve en haut du classement européen des pays comme le Royaume-Uni, la France ou l’Italie, mais aussi le Luxembourg, un pays pourtant perçu comme plutôt « calme » ; tous ces pays ont également des législations sur les armes plutôt restrictives. A l’inverse, des pays comme la Suisse ou la Finlande, qui exercent un contrôle faible ou modéré sur les armes à feu, jouissent de taux de criminalité nettement plus faibles. Si ces taux s’expliquent bien entendu par d’autres facteurs que le seul taux de possession d’armes, il semble au moins que ce dernier ne tende pas à accroître significativement le nombre des crimes.

Cette intuition se confirme si l’on compare, au niveau mondial, l’Europe des 27 et les États-Unis. Pour une population une fois et demie supérieure, l’Europe élargie enregistre un nombre de crimes plus de deux fois supérieur aux chiffres américains : 1 crime par an pour 19 habitants contre 1 pour 28 aux États-Unis[ref]Source Eurostat « Crime and criminal justice statistics - 2010 »[/ref]. L’image d’une Amérique livrée aux gangs et gangrenée par les armes ne tient pas ; malgré son prohibitionnisme général, l’Europe souffre bel et bien d’une criminalité supérieure.

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17 décembre 2012

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