Je suis en Ouganda depuis quelques jours. À peine arrivé, je suis tombé sur le Daily Monitor, l’un des quotidiens du pays et je l’ai parcouru dans la voiture qui m’amenait à Kampala, la capitale. Un article en pages intérieures attira plus particulièrement mon attention. Il s’intitulait : « Une femme de Ntungamo offre son bébé dans un sacrifice rituel. » L’auteur de l’article, Peter Rumanzi, narrait l’histoire d’une femme de 28 ans, arrêtée par la dans une région rurale, et de son mari, encore en fuite. Selon la police, le couple aurait tué leur petite fille de 3 mois avant d’utiliser ses restes dans un sinistre rituel, destiné à assurer le succès de leur projet : ils venaient d’acheter un moulin à moteur, pour moudre les céréales, et espéraient en tirer le plus grand profit.

Cette horrible histoire me ramena plusieurs années en arrière, lorsque je vivais en Ouganda. Arrivé dans ce pays au milieu des années 90, j’y ai fréquemment entendu des rumeurs au sujet de sacrifices d’enfants. Au début, je ne voulais pas y croire, pensant qu’il s’agissait de racontars, au même titre que les histoires de cannibalisme propagées au début de l’époque coloniale. Or, il ne s’agissait pas d’affabulation, mais d’une triste réalité. Des meurtres rituels d’enfants étaient bel et bien pratiqués en Ouganda, particulièrement dans la région centrale.

Durant toutes ces années passées dans ce pays, j’eus souvent l’occasion de lire d’horribles histoires dans les journaux locaux, telles que celle que je venais de découvrir dans The Monitor. Les faits, toujours épouvantables, variaient. Dans nombre de cas, il s’agissait d’enfants enlevés puis livrés à des sorciers afin d’être sacrifiés. Ces derniers accomplissaient ces abominables rituels « sur commande », pour le compte d’entrepreneurs désireux de s’assurer le succès de leurs affaires. À l’époque, la rumeur prétendait même que les corps d’enfants sacrifiés étaient ensevelis sous les grands immeubles de Kampala…

Un missionnaire, frère Albert, qui vit en Ouganda depuis près d’un demi-siècle, m’a malheureusement confirmé l’ampleur du problème. Il travaille dans une école primaire du centre du pays. Frère Albert m’a dit avoir été témoin de tentatives d’enlèvements de plusieurs de ses élèves, garçons ou filles. Il a même rencontré des parents de victimes. Selon lui, la croyance voudrait que, pour être efficace, le sacrifié soit un enfant « intact », c’est-à-dire sans aucune cicatrice ou marque corporelle. Les lobes d’oreilles des fillettes ne doivent pas être percés, les garçons ne doivent pas être circoncis. Le frère Albert en est même arrivé à exiger que les parents d’élèves fassent percer les lobes d’oreilles de leurs filles avant de les inscrire à l’école.

Les journaux ougandais osent parfois rapporter de tels faits, aussi horribles qu’ils soient. Mais le sujet semble encore tabou en Ouganda. L’éradication de telles pratiques venues d’un autre âge ne semble pas être la toute première priorité du gouvernement qui doit faire face à de multiples défis : pandémie du VIH/SIDA, explosion démographique, déforestation massive, dégradation de l’environnement et corruption rampante, pour n’en citer que quelques-uns.

Reste que les auteurs de tels actes ainsi que leurs commanditaires devraient être traqués sans merci, aussi riches et puissants soient-ils. Et leurs procès bénéficier d’un maximum de publicité. Tout comme les meurtres rituels d’albinos pratiqués aujourd’hui encore en Tanzanie et au Burundi voisins…

23 avril 2013

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