Accueil Editoriaux La mort de Rémi Fraisse devrait aussi émouvoir la droite
Editoriaux - 7 novembre 2014

La mort de Rémi Fraisse devrait aussi émouvoir la droite

Nous ne nous faisons pas d’illusion sur la haine que portent les manifestants d’extrême-gauche qui protestent contre le projet de barrage Sivens, à tout ce qui est droite, modérée ou extrême. Que l’une des manifestations en l’honneur du jeune s’en prenne aux « flics » et… aux « curés » témoigne de leur stupidité : qu’ont à faire là les braves prêtres clairsemés dans la campagne du diocèse d’Albi ? On se le demande. Il est vrai que Jean-Luc Mélenchon lui-même a été pris à partie par eux !

Le caractère borné de ces gens-là, leur sectarisme profond, nous le connaissons. Il ne préjuge pas de la justesse de leur cause au cas par cas. S’agissant du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, application d’une conception erronée de l’aménagement du territoire qui inspire le projet absurde de super-régions, elle est grande. Pour le barrage de Sivens, nous n’avons pas d’opinion.

Mais le problème est que la droite n’a pas fait preuve, non plus, d’une grande intelligence face aux événements du Tarn. Le drame de Sivens aurait dû lui apparaître pour ce qu’il était : d’abord la mort d’un jeune homme de 21 ans, toujours dramatique, ensuite la responsabilité d’un gouvernement de gauche composé d’équipes tout aussi sectaires que les manifestants et qui n’auraient sûrement pas fait de cadeau si l’accident avait eu lieu sous un gouvernement de droite (souvenons-nous de l’affaire Malik Oussekine en 1986 où, pourtant, la responsabilité de la police est bien moins claire !).

On dira qu’il s’agit d’une « bavure policière » dont personne ne porte la responsabilité. Voire!

Le comportement des forces de police est toujours imprégné, avec ou sans ordres explicites, par l’attitude du pouvoir en place. Les manifestations de Mai 68 ou celles des banlieues de décembre 2005, bien plus importantes pourtant que celles de Sivens, n’ont donné lieu à aucune bavure parce que dans un cas comme dans l’autre, le gouvernement – Pompidou puis Villepin – ne voulait pas qu’il y en ait.

Nous ne pensons certes pas que le gouvernement voulait un incident à Sivens. Mais nous soupçonnons que derrière l’utilisation de grenades offensives (aujourd’hui suspendue), arme létale et disproportionnée, il y a l’expression d’un sentiment d’impatience et de hargne contre toute résistance au pouvoir, venu de haut.

La gauche a toujours eu des problèmes avec la violence. Officiellement pacifiste, c’est elle qui déclenche presque toujours les guerres. Face aux manifestations, elle tend à considérer que si toute manifestation contre un pouvoir de droite est légitime, une manifestation contre un pouvoir de gauche est intrinsèquement illégitime. Surtout s’il s’agit d’une manifestation de jeunes, alors que la gauche officielle se considère, l’idéologie du progrès aidant, comme la seule expression légitime de la jeunesse du monde.

On l’a vu avec la Manif pour tous (une comparaison qui ne plaira sûrement pas aux écologistes de Sivens, mais peu nous en chaut !) où des centaines de jeunes furent raflés, fichés et parfois détenus, et cela en l’absence de tout vrai débordement : ni voitures brûlées, ni vitrines brisées, ni attaque de forces de l’ordre, ni même entrave à la circulation. Le port d’un T-shirt rose n’injuriant personne et rappelant la réalité naturelle qu’est la famille suffisait à les faire interpeller.

Il en est de même, n’en doutons pas, dans le cas de Sivens, avec sans doute la circonstance aggravante que ces jeunes se réclament de la gauche et donc, de manière implicite ou explicite, démasquent l’imposture d’un pouvoir qui revendique les mêmes valeurs.

Cette crispation d’un pouvoir aux abois, c’est cela qui est inquiétant. Elle n’apparaît pas au grand public ; mais c’est elle qui s’exprime n’en doutons pas, dans le comportement des forces de l’ordre, voire, ce qui est encore plus grave, de certains juges. 

À lire aussi

Violences faites aux femmes, comportements archaïques ou effets de la modernité ?

La modernité n’ pas seulement affaibli les anciennes barrières morales. Elle a encouragé, …