Les sondages, depuis des semaines et des mois, allaient dans le même sens que le sentiment général, et le sentiment général, étayé par les sondages, était que les municipales de mars 2014 traduiraient une nouvelle progression du Front national. Cette montée annoncée s’expliquait aisément par la multiforme que traverse la France et que subissent les Français, par l’exceptionnelle impopularité du gouvernement en place, par la nullité de l’opposition de Sa Majesté socialiste et par l’active et intelligente de dédiabolisation menée par Marine Le Pen.

S’il faut en croire les résultats de la dernière enquête d’opinion publiée, une enquête commandée par l’Union des juifs de France à l’Institut Polling Vox, les intentions de vote en faveur du Front s’établiraient à un niveau jamais atteint, laissant présager une poussée du mouvement présidé par Marine Le Pen sans précédent pour celui-ci et peut-être même sans équivalent depuis la déferlante de 1947 qui vit le tout nouveau Rassemblement du peuple français emporter les mairies de Paris, , Bordeaux,

On n’en est pas encore là, et pourtant… Pour la première fois, 42 % des électeurs français envisagent de voter pour les listes du Rassemblement bleu Marine. Plus précisément, 18 % en sont certains et 24 % ne l’excluent pas. 59 % des électeurs de l’UMP sont dans ce cas, mais aussi 26 % des électeurs de François Bayrou, 21 % des partisans de Mélenchon et même 14 % de ceux qui, en 2012, ont voté pour . Il est cependant notable que près de la moitié de ces citoyens tentés par le diable reculeraient si le Front national était convaincu de véhiculer racisme ou antisémitisme.

Or, plusieurs affaires récentes, divulguées et abondamment commentées par les médias viennent précisément alimenter ce soupçon.

C’est Anne-Sophie Leclère, tête de liste désignée par le Front à Rethel, dans les Ardennes, qui juge opportun et spirituel au début d’octobre, devant les caméras de France 2, d’assimiler à un singe. Elle est immédiatement exclue du F.N.

C’est Nadia Portheault, Française d’origine algérienne, candidate investie par le F.N. à la mairie de Saint-Alban près de Toulouse, qui jette l’éponge au début de novembre, écœurée, dit-elle, par les sarcasmes, les quolibets et les injures dont l’ont abreuvée les militants du parti. Exagérations, mensonges, recherche d’une personnelle, rétorque la direction.

C’est Arnaud Cléré, exclu de l’UMP en mai pour avoir envisagé de monter une liste commune UMP- à Gamaches, dans la Somme, qui supplie humblement le mouvement présidé par de bien vouloir le réintégrer dans ses rangs d’oignon. Il ne supporte plus, dit-il, l’étalage, par ses nouveaux camarades, de tatouages nazis et de propos homophobes. Pure invention, manœuvre oblique d’un transfuge, répliquent les porte-parole du Front.

C’est enfin Anne Rosso-Roig, à Marseille, qui abjure le Front national avec le même éclat qu’elle avait au printemps renoncé au Front de Gauche. Élevée dans le communisme le plus strict, candidate sous cette étiquette aux municipales de 2008, puis sous les couleurs mélenchoniques aux législatives de 2012, la jeune femme, catholique et patriote, avait été rebutée par le projet de mariage pour tous et séduite par le discours d’ouverture de Marine. Mais elle aussi, dit-elle, a jugé insupportable l’atmosphère machiste et raciste dans laquelle baignaient les permanences et les réunions du Front.

Coïncidences malheureuses et défections marginales, diront les uns. Incident minuscules, naturellement montés en épingle par les abominables hommes de presse. D’autres, soupçonneux, voire complotistes, ne manqueront pas de voir autant de coups fourrés dans ces allers-retours express de l’UMP ou de l’extrême-gauche au Front national. Bon débarras, ricaneront même certains, accréditant par là même les accusations portées contre un mouvement qui renie aujourd’hui toute parenté et toute affinité avec l’extrême droite traditionnelle.

En fait, l’ascension même – résistible, irrésistible ? – du Front national le met aujourd’hui devant un choix difficile et douloureux. Alors que, pour la première fois dans son histoire, son accession aux responsabilités, municipales pour commencer, plus hautes dans l’avenir, ne semble plus relever du domaine des chimères, le Front national, s’il veut apparaître, dans les habits neufs que lui a taillés sa patronne, comme un parti apte à gouverner la France sans la diviser, sans la déchirer, ne peut plus, sous peine de renoncer à l’espérance même du pouvoir, tolérer les propos, les comportements et les opinions d’extrémistes dont certains furent au nombre de ses plus anciens et de ses plus fidèles militants, mais qui donnent aujourd’hui, de ce qui veut être un rassemblement, la plus détestable image et qu’il traîne encore aux pieds comme un bagnard, jadis, son boulet.

26 novembre 2013

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