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Editoriaux - Politique - Radio - 9 octobre 2016

Marine Le Pen : ce sondage qui annonce peut-être la fin du plafond de verre

Les sondages s’empilent jour après jour et semblent confirmer les grandes lignes des élections à venir : la présence de au second tour de la présidentielle, et son élimination par le candidat issu des primaires de la droite, vraisemblablement M. Juppé, en l’état actuel des choses. Notons bien que si, dans les mois qui viennent, l’une de ces données se trouvait démentie par la réalité des votes – remontée de M. Sarkozy et élimination de M. Juppé, présence de la gauche au second tour, élimination de Mme Le Pen au premier ou, plus spectaculaire et inattendu encore, son élection au second -, ce serait un désaveu cinglant pour les sondeurs. Et ce ne serait pas le premier.

Donc, pour l’instant, les lignes bougent peu, ou de façon minime. Mais c’est parfois de ces petits déplacements, ces +1, +2 auxquels on ne prête guère attention, que se jouent certains basculements. C’est peut-être ainsi qu’il faut regarder le dernier sondage ELABE pour Les Échos et Radio Classique, qui enregistre une hausse de 2 points de la popularité de Marine Le Pen, hausse qui la fait entrer dans le cercle restreint, le Top 5, des personnalités politiques les plus populaires (avec Juppé, Macron, Fillon et Bayrou). Et elle n’y fait pas qu’une incursion fugace puisqu’elle atteignait déjà ce niveau en janvier et que son socle est solide : elle est la seule, avec M. Juppé, à rassembler 10 % d’opinions très positives.

Les explications sont connues : mauvais résultats économiques de la gauche, crise des migrants et dissémination de la jungle de Calais dans la France profonde, primaires de la droite qui, par aveuglement (Juppé) ou par mimétisme (Sarkozy), valident son programme.

Mais, dans ce Top 5, Marine Le Pen occupe une place singulière que lui confèrent certains atouts qu’elle est la seule à posséder. En effet, on sait que bien souvent un capital de popularité ne se traduit pas automatiquement en votes, comme ce fut le cas pour MM. Barre et Balladur. Pourquoi ? D’abord car ces personnalités n’avaient pas affronté le suffrage universel lors d’une grande élection nationale. Ensuite car il faut avoir derrière soi un parti solide et en ordre de marche. Marine Le Pen est le chef incontesté de son parti, qui est depuis 2014 le premier parti de France. Ni M. Fillon ni M. Juppé n’ont leur parti derrière eux. Et ils n’ont jamais affronté le suffrage universel dans une grande élection nationale. Quant à M. Bayrou, ce n’est pas un parti mais un groupuscule qui le soutient. Et M. Macron, lui, cumule les handicaps : aucun parti sur lequel s’appuyer, et aucune expérience électorale. C’est dire la fragilité de ces quatre rivaux de Mme Le Pen.

Dans ce Top 5, Marine Le Pen bénéficie donc d’avantages personnels forts, et bien sûr de la faiblesse ou de l’usure de ses adversaires, mais elle pâtit d’un handicap de taille : la proportion considérable d’opinions très négatives (46 %, même si M. Sarkozy fait pire, avec 50 %). Et c’est là l’origine du fameux plafond de verre du second tour. Mais si Mme Le Pen parvient à continuer à éroder ce bloc hostile, il n’y aura pas de plafond qui tienne.

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