Editoriaux - Livres - Sport - Table - 11 août 2013

Livres de l’été/Les guerres d’Afrique (1/5)

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Durant cet été, Boulevard Voltaire veut mettre à l’honneur des livres qui, nous semble-t-il, sont remarquables pour le constat qu’ils dressent ou les questions qu’ils posent. Des livres dont nous vous avons déjà parlé, pour la plupart.
Nous vous proposerons donc, chaque semaine, du lundi au vendredi, cinq extraits d’un de ces ouvrages. Et pour poursuivre ce voyage dans les meilleurs des essais de ces derniers mois, des morceaux choisis du livre de Bernard Lugan Les guerres d’Afrique : Des origines à nos jours (Éditions du Rocher)

De 1837 à 1839, afin de se soustraire à l’autorité britannique, les plus intransigeants parmi les Boers chargèrent leurs biens sur de lourds chariots à bœufs et ils quittèrent leurs fermes de la Colonie anglaise du Cap pour s’enfoncer dans l’inconnu à la recherche de terres libres sur lesquelles, en hommes libres, ils voulaient vivre selon les principes hérités de leurs ancêtres. Ce fut le Grand Trek. Cette entreprise qui réussit grâce à une solide organisation militaire lentement élaborée au cours du XVIIIe siècle, leur permit de fonder des États au nord du fleuve Orange (État libre d’Orange et Transvaal).

Le Grand Trek réussit d’abord grâce au chariot de transport utilisé également comme pièce de défense et d’attaque. Ce véhicule-habitat à peine large de plus d’un mètre pour une longueur de cinq environ était construit en planches ajustées facilement démontables, ce qui lui donnait une grande souplesse. Un double toit protégeant de la pluie et de la chaleur était fixé à la caisse par une série de cerceaux. Chaque famille disposant d’un chariot, les femmes et les enfants s’y entassaient au milieu des ustensiles et du maigre déménagement. Les hommes étaient à cheval, carabine dans les fontes, soit en mission d’éclaireurs, soit en garde des nombreux troupeaux qui accompagnaient les convois. Les attelages étaient composés de 4 à 8 paires de bœufs guidés par deux conducteurs, l’un juché sur l’avant du timon et l’autre assis sur une caisse de bois servant de siège.

En terrain plat, les convois se déplaçaient à la vitesse d’un homme au pas et chaque étape comptait entre 7 à 8 heures de route. Chaque jour, les Voortrekkers (littéralement, les pionniers de l’avant) s’éloignaient ainsi de 20 à 30 kilomètres au maximum de la terre qui les avait vus naître, et leurs parents avant eux. Ils se rapprochaient d’autant de la « Terre Promise » que le « Créateur » leur réservait qu’ils étaient persuadés qu’ils étaient le « Peuple Élu ». La lecture quotidienne de la Bible les confirmait d’ailleurs dans l’idée qu’ils vivaient un moderne « Exode » au terme duquel ils trouveraient la « Terre de Canaan ». Leur vocabulaire était profondément imprégné par les Saintes Écritures. Ainsi, pour eux, le roi d’Angleterre était-il « Pharaon » et la Colonie du Cap une nouvelle Égypte qu’ils fuyaient.

Les convois étaient précédés par des éclaireurs opérant à plusieurs jours de cheval, ce qui les mettait à l’abri des mauvaises surprises car les Ndébélés et les Zoulous pouvaient parcourir à la course 60 kilomètres en une seule étape. L’ennemi repéré, ils avaient donc le temps de se mettre en position de laager, si possible au sommet d’une colline.

Avec le chariot, le laager fut l’atout principal des Boers. Une fois formé, un laager était à peu près imprenable avec ses véhicules solidement arrimés les uns aux autres et disposés en double cercle ou en carré dont chaque espace était bouché par des arbustes d’épineux. Les femmes et les enfants prenaient place dans l’enceinte centrale avec les réserves de munitions. Le bétail et les chevaux entravés formaient une masse compacte. Les Boers étaient prêts. L’assaut serait repoussé avec l’aide de Dieu et grâce à la précision du tir des longues carabines.

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