Cliquez pour acheter

On pourrait croire que, dans l’agitation éphémère de l’Internet, les écrits passeraient tout aussi bien que les paroles ; mais il y a toujours un petit malin pour saisir à la volée des tentatives d’intoxication flagrantes ou des formules malheureuses, avant qu’une rédaction ou qu’un ministère ne s’empresse de les faire disparaître.

Ainsi savons-nous, grâce à l’un de ces vigilants explorateurs – journaliste à Marianne –, que le premier communiqué de presse mis en ligne par le ministère de la Culture à propos de la mort de Michel Butor contenait cette coquille ahurissante : “Grand prix de littérature de l’Académie française pour l’intégralité de son œuvre en 2013, celui qui obtint le prix Renaudot pour La consolidation…” La consolidation au lieu de La Modification (d’ailleurs, il manquait aussi une majuscule à « consolidation », selon les règles en vigueur de la typographie ; mais ne mégotons pas trop).

Voilà une bourde magnifique que cette métamorphose de La Modification, dont seule , notre ministre de la Culture, pourrait nous révéler la genèse. Au moins aura-t-elle évité « La constipation » ou « La décomposition », qui nous auraient fait cogiter des jours durant sur les sens psychanalytique ou politique d’une telle substitution verbale. Nous demeurerons à jamais stupéfaits devant cette étrange “consolidation” qui résonne tout bêtement comme l’écho d’une ignorance abyssale et d’une distraction coupable.

Fleur Pellerin, qui occupait le poste prestigieux de madame Azoulay en 2014, lorsque le prix Nobel de littérature fut décerné à Patrick Modiano, s’était montrée parfaitement incapable de citer un seul titre de l’écrivain. Elle avait confessé ne pas avoir lu de livres depuis deux ans. On pourra dire, bien sûr, que tout cela n’est pas très grave, qu’un ministre n’a pas le temps, que de nos jours la politique et la lecture ne font pas bon ménage, et qu’après tout, il s’agit d’abord d’être un bon technicien, capable de comprendre des rapports d’experts et des statistiques.

On voit mal, cependant, comment ce genre de « professionnels de la profession » pourraient faire de bons décideurs en matière de culture, de bons promoteurs de la littérature, de la langue et des arts français, puisqu’ils ne semblent même pas leur prêter d’intérêt particulier, encore moins les admirer et les aimer. Butor est mort ? Vite, un communiqué de presse rédigé par un spécialiste du cabinet, une banalité funèbre écrite sur un coin de table, pas relue – on a autre chose à faire – et urgemment expédiée. Et consolidation, et consternation.

On ne saurait demander à un ministre, fût-il de la Culture, d’avoir tout lu ; mais il devrait, a minima, faire preuve de curiosité et d’appétence réelle pour les grands écrivains et les œuvres notables du génie national. Et, à défaut de lire, il pourrait se relire.

27 août 2016

À lire aussi

Plongée dans une presse toujours bien-pensante…

À notre soif de vérité, ces étouffeurs du réel opposent incessamment leur « neutralité » h…