Et finalement, si les tentatives pour chasser les crèches de l’espace public étaient plus qu’une imbécile interprétation de la laïcité ? Ne s’agirait-il pas plutôt d’une nouvelle attaque, plus subtile, contre la famille, j’entends la famille traditionnelle : un père, une mère, un ou plusieurs enfants ? La crèche n’est-elle pas plus qu’un symbole religieux, la représentation d’un ordre que les sociétalistes veulent bannir ou tout du moins réduire à une simple option dans cette société plurielle qu’ils appellent de tous leurs vœux ?

Notons d’abord que Joseph et Marie ne sont pas des sans-papiers, des clandestins. Je ne reprendrai pas le sermon daté de Mgr de Quélen, archevêque de Paris de 1821 à 1839, qui affirma en chaire que non seulement Jésus était fils de Dieu mais que, par sa mère, il était d’excellente famille ! Mais tout de même, Jésus naît dans la crèche car ses parents ont décidé d’aller se faire recenser à Bethléem et ce, pour se conformer à l’édit de l’empereur Auguste. Joseph et Marie obéissent à la loi des hommes, lorsque cette loi ne contrevient pas à la loi divine.

Jésus n’est pas un déraciné : il s’inscrit dans l’histoire du peuple d’ et dans une longue généalogie que Matthieu présente en son début d’Évangile. Jésus est un juif de souche et de bonne souche.

La crèche, c’est aussi, à bien y regarder, une véritable provocation pour ceux qui ont fait de l’ un droit fondamental. Terrible utilisation, d’ailleurs, que cet adjectif « fondamental » ! Marie accepte la volonté de Dieu. Elle ne dit pas qu’elle est propriétaire de son corps et qu’elle en fait ce qu’elle veut. Toutes les associations pro-vie et anti-avortement ne pourront jamais égaler, dans leur propagande, celle silencieuse, mystérieuse et délicate de la crèche !

La crèche, c’est enfin l’affirmation que la famille traditionnelle est la cellule de base de la société, la cellule fondamentale, pour reprendre cet adjectif qui, en l’occurrence, trouve ici tout son sens. La société tout entière, représentée par les santons, les bergers, le meunier, le gendarme, la poissonnière, converge vers la crèche. Même les plus puissants, incarnés par les rois mages, font le déplacement. La société tout entière, non seulement se déplace mais s’organise autour de la crèche, de cette humble cellule que l’on appelle famille.

Alors, lorsqu’on regarde sincèrement la crèche, on ne peut plus dire qu’il n’existe rien au-dessus des lois de la République, sans même parler de loi divine. Que l’on soit chrétien, musulman, israélite, athée, que sais-je, tout le monde peut en arriver à cette conclusion d’une évidence lumineuse. Et c’est cela, sans doute, qui est par-dessus tout insupportable à ceux qui pensent orgueilleusement qu’une laïcité érigée en nouvelle religion engendrera la concorde dans ce pays. C’est cela, aussi, qui est insupportable à ceux qui rêvent d’arracher l’enfant à la crèche, c’est-à-dire au déterminisme familial, pour l’encaserner dans les crèches de Moloch.

12 décembre 2014

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Vous pouvez désormais commenter directement sur Boulevard Voltaire :

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.