Louant le caractère fondamental du peuple français, Tocqueville concluait ainsi son Ancien Régime et la Révolution : « […] conduit par un fil tant que personne ne résiste, ingouvernable dès que l’exemple de la est donné quelque part ; trompant toujours ainsi ses maîtres, qui le craignent ou trop ou trop peu ; jamais si libre qu’il faille désespérer de l’asservir, ni si asservi qu’il ne puisse encore briser le joug […]. »

On pouvait être légitimement scandalisé – et je le fus – de la manière dont le régime des partis voulait récupérer l’émotion populaire. Il croyait conduire le peuple « par un fil », mais celui-ci l’a submergé dans un sursaut historique qui clôt 40 ans de mépris des élites : le peuple a toujours le dernier mot et des assassins l’ont réveillé. Il a renoué avec ses , il a chanté “La Marseillaise” et réaffirmé ses valeurs et son amour de la France et de la République.

Je suis aujourd’hui « déçu en bien », comme on dit en Suisse. Mais la route est longue, car si les maîtres n’ont que « les valeurs de la République » à la bouche, ils en sont les pires adversaires.

Républicains, ceux qui ont défilé avec ces va-t-en-guerre de l’OTAN responsables du chaos en Libye, Irak, , qui génère du fondamentalisme comme la nuée l’orage ? Pis encore, derrière le président ukrainien qui gouverne ouvertement avec des néo-nazis avoués !

Républicains, ce gouvernement et ces chefs de parti qui ont depuis longtemps sacrifié l’idée du bien commun sur l’autel du libre marché et du règne de la finance, qui ont fait pratiquement disparaître la liberté d’expression sous des avalanches de procès et d’interdictions professionnelles ?

Républicaine, cette association microphage sans membres, mais saturée de subventions publiques et de largesses des oligarques, qui se permet de dire qui a le droit de manifester et qui n’en a pas le droit ?

La République, c’est le bien commun supérieur à la somme des biens individuels, qui en permet l’épanouissement et la définition de l’appartenance à une et une communauté nationales. Ils n’ont eu de cesse de le détruire au nom du et de l’apologie de l’individualisme absolu.

La République, c’est l’amour de la patrie. Ils l’ont en horreur et n’ont de cesse de la rabaisser et d’en éloigner les nouveaux arrivés alors que la France fut, par le passé, une machine à assimiler.

La République, c’est la promotion du mérite individuel et de l’ascension sociale. Ils l’ont détruite au profit d’un système de castes qui a privatisé de fait ce qui reste du système éducatif au profit de la reproduction de ce qu’il devient indécent d’appeler « élites ».

La République, c’est l’éducation : ils la détruisent systématiquement depuis quarante ans pour former des générations de quasi-illettrés sans repères ni historiques ni géographiques, plus faciles à manipuler.

La République, c’est la protection contre les aléas du hasard, garantie de l’égalité des chances et de la récompense des efforts : ils l’ont réduite à la charité dont ils font même un business financé par les plus pauvres qui, eux, gardent ces réflexes élémentaires de solidarité sociale ; et la France de se transformer peu à peu en pays de clochards.

La République, ce sont des valeurs communes qui n’ont rien à voir avec le relativisme obsessionnel du « tout se vaut » des libéraux et des libertaires, avec le « pourtoussisme » qui entend détruire les dernière structures sociales qui échappent à la domination du marché.

La République, nos oligarques n’en veulent pas et la combattent depuis quarante ans, lui ont retiré sa souveraineté, sa monnaie, ses lois, réduit la politique à un concours de beauté dont ils sélectionnent les seuls candidats, et qui sont bien laids. Ils sont les incendiaires qui privent les issus de l’immigration de l’intégration dans une communauté politique de valeurs et de destin, qui ne leur laisse que le désespoir du refuge dans une parousie criminelle.

Le 11 janvier, le peuple a montré qu’en marchant, il ne marchait plus dans l’angélisme larmoyant où on voulait le cantonner.

Il reste à promouvoir de nouvelles élites, pour que la France retrouve la place que lui attribuait Tocqueville, « […] la plus brillante et la plus dangereuse des nations de l’, et la mieux faite pour y devenir tour à tour un objet d’admiration, de haine, de pitié, de terreur, mais jamais d’indifférence ! »

Alors, maintenant, engagez-vous !

12 janvier 2015

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