Il ne fait pas bon être journaliste actuellement en Turquie. Deux de nos confrères sont jugés actuellement à huis clos devant une cour criminelle d’Istanbul à la suite d’un article accusant Ankara d’avoir livré des armes aux rebelles syriens. Les chefs d’accusation retenus sont absolument délirants : espionnage, divulgation de secrets d’État, tentative de coup d’État et assistance à une organisation terroriste. Les deux journalistes ont déjà passé plus de quatre-vingt-dix jours en détention provisoire et le procureur a réclamé contre eux la réclusion criminelle à perpétuité. Leur procès a été renvoyé à la semaine prochaine et se déroulera à huis clos pour des raisons de « sécurité nationale » ; en fait, pour empêcher diplomates européens et défenseurs des droits de l’homme d’assister aux débats.

Le constat est accablant : classé 149e sur 180 au classement mondial de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse, le régime turc tente systématiquement de museler et journalistes qui lui sont défavorables, sous couvert de lutte contre la « propagande terroriste ». Selon Yılmaz, professeur de sciences politiques à Istanbul cité par l’AFP, avec la mise sous tutelle systématique des journaux d’opposition ces dernières semaines, « environ 90 % de la couverture des médias sera directement aux mains d’Erdoğan ».

Tout cela ne semble pas émouvoir outre mesure l’, à laquelle la Turquie demeure plus que jamais candidate. Certes, le « Haut Représentant » pour la étrangère de l’Union européenne, l’illustre inconnue Federica Mogherini, a rappelé benoîtement que « chaque pays candidat doit garantir les droits fondamentaux, y compris la liberté d’expression et le droit à un procès équitable, en accord avec la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH) ». Certes, à la veille du récent sommet avec la Turquie, l’Union européenne s’était fendue d’un vague communiqué pour se donner bonne conscience : “L’Union européenne a constamment souligné que la Turquie, en tant que pays candidat, doit respecter et promouvoir des normes et pratiques démocratiques élevées, dont la liberté des médias.” Et bla-bla-bla…

Mais aucun dirigeant d’envergure n’a jugé utile de dénoncer haut et fort ce qui se trame sur les rives du Bosphore, où la presse turque est en train de vivre un des épisodes les plus noirs de son histoire. L’, une fois de plus, se couche devant M. Erdoğan : la fin des visas que l’Union européenne demande aux Turcs pour des séjours de moins de 90 jours reste officiellement d’actualité et demeure programmée pour la fin juin.

28 mars 2016

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