Editoriaux - Justice - Politique - 2 février 2016

“Grâce” à Christiane Taubira

Voulez-vous avoir une idée des sommets que la vanité peut parfois atteindre ? Alors, je vous invite à consulter régulièrement les tweets de Christiane Taubira. Vous verrez que, très souvent, cela vaut son pesant de cacahouètes ou, si vous préférez, son pesant d’or.

Le dernier, tout frais, tout chaud, date de dimanche soir et concerne la grâce de Jacqueline Sauvage : « #JacquelineSauvage : je suis heureuse que malgré tous les avis réservés, le Président de la République ait fait droit à mes arguments. Ch T ». Vous noterez au passage la petite boursouflure jargonnante « ait fait droit »

En clair donc, c’est un peu-beaucoup-à la folie grâce à Christiane Taubira si la cause de Jacqueline Sauvage a été entendue au plus haut niveau de l’État. C’est peut-être vrai, nous n’en savons rien. Mais s’il s’avérait que Mme Taubira ait joué un rôle important dans cette grâce, était-il bien nécessaire de tirer ainsi la couverture à soi en publiant ce tweet peu de temps après l’annonce officielle ? Était-ce bien élégant d’intervenir ainsi après que le chef de l’État a pris, dans la solitude de sa charge, cette décision qu’il doit désormais assumer seul ? Mme Taubira, qui est du genre à dire que l’on ne commente pas une décision de justice – car cette décision est, en droit, une décision de justice prise par le plus haut magistrat de France -, ne se gêne pas pour le faire, à peine relevée de son devoir de réserve dont elle s’est, du reste, toujours moquée. Celle qui déclarait, il y a peu, alors qu’elle était encore ministre, « La parole dernière est celle du Président », n’a pas pu s’empêcher d’apporter son petit commentaire à cette décision.

Que les dames patronnesses de tous bords politiques (Hidalgo, NKM, Valérie Boyer et consœurs), qui ont pris fait et cause pour Mme Sauvage, aient tweeté leur satisfaction peut se comprendre aisément. En revanche, cette réaction, de la part de celle qui détenait, il y a quelques jours encore, les Sceaux de France, semble particulièrement indécente. En effet, le ministre de la Justice n’est-il pas l’héritier du chancelier de France ? Dans la Rome antique, le chancelier était un officier de justice qui travaillait dans le secret, la discrétion. Pour qu’il puisse exercer sa charge en toute sérénité et tranquillité, il était d’ailleurs enfermé derrière des grilles (cancellarius, en latin), d’où le mot chancelier… Il est vrai que Mme Taubira ne semble pas vraiment avoir jamais aimé les grilles !

Finalement, ce tweet révèle une fois de plus, si tant est que cela fût encore nécessaire, que Mme Taubira n’a jamais cessé d’exercer un ministère de la parole au service exclusif de sa propre gloire.

Saint François de Sales disait que “le bien ne fait pas de bruit et le bruit ne fait pas de bien”. Cette maxime, qui compte soixante caractères pile poil et donc pourrait parfaitement convenir à un tweet en réponse à celui de Mme Taubira, ne fait visiblement pas partie du répertoire du ministre émérite.

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