(…) Pour être habitué aux provocations de et aux fulgurances pas toujours bien venues d’, on reste cependant saisi devant cet extrémisme qui, chez eux, suit chaque péripétie procédurale liée à Nicolas Sarkozy (…).

Si nous avions, sur un terrain vierge, à inventer la magistrature, à réfléchir sur le et à concevoir l’enseignement, nous pourrions conceptuellement ouvrir des chemins singuliers et, pourquoi pas ?, imaginer une autre institution, un service public avec d’autres règles.

Mais le syndicalisme judiciaire est là, depuis 1968 pour le Syndicat de la Magistrature (SM) et depuis 1974 pour l’Union syndicale des magistrats (USM). Quant à l’ nationale de la Magistrature (ENM), sous un autre nom, elle date de 1958 grâce au général de Gaulle et à Michel Debré.

Le bon sens, le pragmatisme et l’impossibilité de mettre à bas ce qui dans son essence a constitué une avancée empêchent de prendre au sérieux ces fantasmes d’effacement. Mais il est regrettable, comme l’a très bien dit Jean-Christophe Buisson sur RTL à On refait , que ceux-ci aient rendu, par leur excès, un débat pourtant nécessaire quasiment impossible.

Pourtant, ce dernier n’a jamais été absent de l’espace public mais la manière dont il était abordé restait mesuré et opposait, au nom de la démocratie, les tenants d’un progressisme éclairé à ceux, pour la magistrature, d’une réserve totale. Des arguments recevables de part et d’autre s’échangeaient en quelque sorte pour la beauté de la controverse sans que l’empoignade sorte du champ intellectuel et débouche sur une véritable haine du syndicalisme et la détestation de ceux qui le pratiquaient.

Ce qui a tout bouleversé est le déplorable qui a manifesté concrètement, ostensiblement à quel point certains membres du SM faisaient s’accorder bêtise et idéologie, partialité et inconscience. Certes, personne ne doutait que ce syndicat fût, depuis sa naissance, proche de la gauche, voire de l’extrême gauche. Qu’il ne se serve de la justice plus qu’il ne la serve. Que son obsession, dans ses pratiques, était par exemple de mettre en cause la police au travers du policier et le patronat au travers du patron.

(…) La défense démagogique de Nicolas Sarkozy a joué de cette confusion et personne, tant la cause de son honnêteté au sens large est devenue problématique, ne saurait lui reprocher d’avoir abusé du thème de la politisation de la magistrature en s’en prenant à l’un des magistrats instructeurs. Sans le Mur des cons, jamais un tel dérapage n’aurait été concevable même de la part de cette personnalité – là.

Il convient que le SM s’adonne à un travail considérable de réflexion sur lui-même, qu’il se désinfecte de tout ce qui dégrade sa structure en parti, ses idées en idéologie et en parti pris et retrouve le chemin d’une véritable démarche professionnelle. (…)

Cette mue positive est possible puisque l’USM, en dépit d’un rapprochement systématique avec le SM depuis quelques années sur certains sujets, est parvenue à maintenir sa crédibilité syndicale et n’est jamais apparue, aux yeux des citoyens, comme la courroie de transmission d’un parti, un organe militant.

Quant à l’ENM, je sais bien que les controverses n’ont jamais manqué à son sujet et qu’on s’est plu parfois à moquer cet établissement qui délivrait "un permis de juger" en proposant, à sa place, des expériences professionnelles qui permettraient de devenir magistrats moins précocement et avec plus de maturité et d’humanité. On va sans doute continuer à brasser ce type de question mais toujours est-il que l’ENM a enrichi sa formation, fait appel à une vision internationale et surtout à une évaluation psychologique des futures magistrats (…)

Extrait de : Faudra-t-il aussi supprimer la magistrature ?.

6 juillet 2014

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