En 2014, la drag queen autrichienne Conchita Wurst remportait haut la main la 59ème édition de l’. Cette victoire était double pour les progressistes, car elle avait lieu en Russie, pays qui a quelques difficultés à accepter les métastases du progrès sociétal que l’Occident veut rendre universel.

Cette année, la gagnante est une femme (une vraie cette fois): la chanteuse Jamala, une Ukrainienne de 32 ans qui a manifestement conquis les cœurs. Sa particularité ? Être issue du peuple Tatar, minorité musulmane de Crimée, “annexés” par la Russie en 2015. Pour certains, cette victoire était plus politique qu’esthétique. Il faut dire que le texte se prête volontiers à la polémique.

1944, tel est le titre de la chanson. Jamala y raconte la déportation de nombreux Tatars par Staline à la fin du conflit mondial. Le dictateur les soupçonnait en effet d’avoir collaboré avec l’occupant nazi. Au fil des couplets, la chanteuse rend à son arrière-grand-mère déportée, ainsi qu’aux milliers de Tatars morts pendant le long trajet qui séparait la Crimée de la Sibérie. Les résonances avec l’actualité sont évidentes: l’Ukraine a perdu la Crimée et l’est du pays est toujours en proie aux violents conflits entre l’ régulière et les rebelles du Donbass. Dans ce contexte tendu, une simple chanson a vite fait de susciter l’émoi.

Bien que les Russes aient félicité courtoisement la jolie Ukrainienne, on l’a plutôt mauvaise à Moscou. La Russie chantera-t-elle à Kiev pour la prochaine édition de l’Eurovision? “On ne sait pas” commente sobrement un membre de la délégation russe.

C’est la deuxième fois que l’Ukraine remporte l’Eurovision. Elle avait obtenu une première victoire à Ankara, en 2004; soit, l’année de la Révolution Orange… Comme quoi le hasard et l’Eurovision font bien les choses.

C’est la chanteuse Ruslana qui avait alors conquis l’Europe avec sa chanson Wild Dances. Après sa victoire, l’artiste embrassa une carrière politique, soutenant activement la “révolution”, chantant plusieurs fois lors des meetings de Viktor Iouchtchenko. Elle devint députée au parlement ukrainien en 2006. Lors des troubles de Maïdan au début de l’année 2014, Ruslana était considérée comme l’égérie du mouvement insurrectionnel. Ce qui lui valut d’être reçue par en personne.

La victoire de Conchita Wurst en 2014, et celle de Jamala en 2016, illustrent la “guerre froide culturelle” entre l’Occident et la Russie. Quoi de mieux qu’une drag queen ou une descendante de déportée tatare pour enquiquiner le Kremlin ? Pourtant en 2009, le comité de l’Eurovision avait refusé aux Géorgiens le droit de présenter leur chanson ” We Don’t Wanna Put In ” car certains y avaient vu une attaque personnelle à l’encontre du président russe. Il semble que les choses aient bien changé entre temps… dans le sens de l’hypocrisie.

16 mai 2016

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