Ceux qui prétendaient jouer les gardiens de la pensée en France ne pouvaient pas se contenter de Dieudonné. Il fallait aussi s’en prendre à ceux qui ont eu l’audace de donner la parole aux pestiférés. À commencer par Fréderic Taddeï dont l’émission Ce Soir (ou jamais !), à mille lieues des débats convenus entre gens bien rangés, prenait le parti d’inviter des « cerveaux malades » à se mêler au camp du bien.

C’est ainsi que nous avons pu y voir défiler toute la cohorte des lépreux médiatiques, d’Alain Soral à Dieudonné, en passant par Tariq Ramadan.

Après les premières brèches ouvertes par un Éric Zemmour dont on avait arraché quelques plumes sans parvenir à en obtenir la peau, on pensait qu’un nouvel âge d’or se dessinait devant nos yeux ébahis et que le délit d’opinion finirait enfin par mourir d’inanition.

C’était sous-estimer la police de la pensée, qui n’épargne personne, pas même un Taddeï dont le but ne fut jamais de propager la haine mais simplement d’écouter parler autrui sans l’ériger d’emblée en ennemi. C’est à croire que notre époque, qui n’aime ni la guerre, ni l’intolérance, ni la fermeté, ni la violence, n’était pas capable de supporter cette débauche de sentiments bienveillants et de courtoisie conviviale censée lui être des plus habituelles.

Ainsi, nous venons d’apprendre que l’émission de Fréderic Taddeï sera remplacée par un talk-show d’Alessandra Sublet à 22 h 30. Et Laurent Ruquier par Sophie Aram, peut-être ? Alors même que le présentateur réalisait son record d’audience cette semaine, avec 1,3 million de spectateurs, il sera relégué à l’heure où les derniers assoupis ont jeté l’éponge et où il ne demeure que quelques âmes pour résister au sommeil : minuit.

Les Français sont peut-être des veaux, comme le disait de Gaulle, mais ils ne sont pas encore dénués du bon sens le plus élémentaire. À qui voudra-t-on faire croire qu’il n’y a rien de politique dans cette obscure décision que les tentatives de compréhension les plus complaisantes ne parviennent pas à expliquer ?

On se justifiera en arguant qu’il n’y a pas que l’audience qui compte. Celle-ci, en effet, ne fait office de loi que pour les programmes qui savent se tenir, nous l’avons bien compris.

Je vous écrivais il y a quelques jours que Claude Sérillon et Pierre-Henri Arnstam furent virés de leurs postes respectifs en 1999, alors que Lionel Jospin était Premier ministre, et Manuel Valls chargé de sa communication.

Tout comme l’argent est le nerf de la guerre, le pouvoir est le garant de la liberté. Puisque ce monde ne veut plus des valeurs qui sont pourtant celles de la majorité, il faudra bien songer à le déserter pour en fonder un autre à l’abri des intérêts partisans.

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