Je précise d’emblée que je fais partie de ceux qui avaient été outrés par la sentence arbitrale rendue en juillet 2008 en faveur de ; outré parce que Bernard Tapie ne m’était pas sympathique et outré parce que le jugement avait été rendu par un tribunal dont je ne saisissais pas la légitimité. Mais je dois aussi admettre qu’à l’époque je ne connaissais pas grand chose au dossier Tapie-Crédit Lyonnais. Pourtant, en février dernier l’annulation de la sentence arbitrale par la Cour d’Appel de m’avait surpris car Bernard Tapie avait gagné tous ses procès auparavant et je ne voyais pas quel fait nouveau avait pu conduire la à se déjuger. Intrigué, je décidais alors de creuser le sujet, ce qui par chance n’était pas très difficile puisque toutes les pièces importantes du dossier sont publiques et consultables sur Internet.
 
Je dois aujourd’hui reconnaître que la toute dernière décision de la Cour d’Appel condamnant l’ancien patron de l’OM à restituer intégralement les sommes perçues me scandalise au plus haut point. “Aujourd’hui, je suis obligé de dire que la décision qui vient d’être rendue est invraisemblable: aussi bien en droit qu’en fait, elle constitue un déni de pur et simple”, a commenté son avocat Me Gaillard et il a raison.
 
En novembre 1992, Bernard Tapie avait donné mandat au Crédit Lyonnais de vendre Adidas, un mandat par nature au mieux de ses intérêts. Quelques semaines plus tard le Crédit Lyonnais présentait à son client un acheteur avec un prix et la vente fut conclue dans la foulée. Or, il s’avéra plus tard que le Crédit Lyonnais avait dissimulé à son client l’existence d’un autre acheteur prêt à payer un prix beaucoup plus avantageux. Pour comble, il s’avéra également que le premier acheteur n’était autre qu’une façade, un consortium de sociétés écrans détenues par le même Crédit Lyonnais qui ainsi pouvait empocher tout ou partie de la différence. Bref le Crédit Lyonnais avait littéralement escroqué son client et la décision arbitrale de 2008 n’était ni plus ni moins qu’une juste compensation calculée scrupuleusement en fonction de la différence entre les deux prix. La matérialité des faits ayant été établie par des pièces absolument indiscutables [une note interne saisie accidentellement à l’occasion de la perquisition du siège du Crédit lyonnais par la juge qui enquêtait alors sur une autre affaire], il n’y avait pas lieu de revenir sur cette décision.

Je me souviens qu’en 2009, le procureur de Montgolfier qui avait été l’adversaire de Bernard Tapie dans l’affaire VA-OM et qui avait obtenu sa condamnation à un an de prison ferme, avait déclaré aux journalistes de France  : “Si le Président de l’OM n’avait pas été Bernard Tapie, il ne serait jamais allé en prison. Les faits ne le méritaient pas”. J’ai aujourd’hui le sentiment que les choses n’ont pas changé. Il y a beaucoup de gens qui disent que Bernard Tapie est un gredin, mais aujourd’hui il a trouvé plus gredin que lui et ce qui me choque le plus c’est que dans ce match, son vainqueur du jour n’est autre que la Justice de mon pays.

3 décembre 2015

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