Je fais suite à mon article sur la troisième campagne du porte-avions Charles-de-Gaulle dans le cadre de l'opération Chammal, publication qui n'a pas manqué de me valoir des commentaires aussi objectifs que virulents, voire décalés.

Pour les lecteurs peu enclins au second degré, ou adeptes d'une lecture rapide, je fais amende honorable en mettant les choses au clair :

1) J'ai de l'amitié et de la considération pour tous les pilotes militaires, et particulièrement les pilotes de chasse. Ceux de l'Aéronavale sont encore plus « affûtés » que leurs camarades de l'Air, ne serait-ce qu'avec la pratique des appontages et leur résistance au mal de mer...

2) Je plains ces pilotes embarqués d'être soumis aux disponibilités fugaces de leur base flottante et de ne pouvoir faire preuve de leur capacités opérationnelles et gagner des médailles que lors de campagnes très limitées et restreintes.

3) J'admire le service de presse de la Marine nationale qui permet de focaliser l'attention des médias sur les gesticulations du porte-avions et opérations spectaculaires à bord. La gourmandise des journalistes lors des sorties du Charles-de-Gaulle est telle qu'un journaliste de RFI - Olivier Fourt -, court-circuitant ou stressant son service de documentation, n'hésitait pas à illustrer par deux fois ses articles - 24 mars 2015, et 19 septembre 2015 - avec des photos d'un pont de porte-avions américain montrant une forte concentration de F-18 Hornet de l'US Navy !

capture

Durant son mandat et depuis l'engagement aérien de la au Moyen-Orient en 2014, le Président n'a jamais honoré d'une visite les aviateurs « terrestres » en opérations, que ce soit sur la base française interarmées en Abou Dhabi ou au détachement déployé en Jordanie. Son unique déplacement sur une base de l'armée de l'Air fut en février 2015 à Istres, pour y tenir un discours sur la pérennité de la dissuasion nucléaire.

Il faut dire qu'une réception au carré des officiers de n'importe navire de la Marine a une autre classe qu'un pot envoyé à Mach II au mess d'une base aérienne. Mobilier de style, service de table monogrammé et autres délices culinaires sont dans la tradition de la « Royale », qui sait recevoir et impressionner ses hôtes. En outre, après un général en kaki hérité de son prédécesseur, le Président est désormais flanqué d'un amiral au poste « stratégique » de chef d'état-major particulier depuis juillet 2016 et qui était précédemment chef d'état-major de la Marine depuis 2011. Le « lobbying » des marins est assuré !

Est-ce sur sa recommandation que la campagne au Moyen-Orient du Charles-de-Gaulle est brusquement prolongée jusqu'en décembre, faisant fi une fois encore du calendrier technique affiché depuis plus d'un an ? Sans doute une impérieuse raison de haute diplomatie pour faire poids et détermination face au déploiement du porte-avions russe dans la même zone. Car, au plan tactique, la campagne de Mossoul ne justifie pas le maintien du porte-avions à portée des objectifs. Un coup d’œil à la carte montre que cette ville est à égale distance d'Azrak, où sont basés les Mirage 2000, et d'une position du groupe aéronaval entre Chypre et la côte syrienne. Les communiqués officiels répéteront que sa présence multiplie par trois le nombre d'avions en opérations. Il suffirait que le dispositif jordanien soit étoffé. Mais où sont les chasseurs en renfort ? Dispersés sur plusieurs continents.

L'armée de l'Air doit sa modeste publicité à la Patrouille de France et ses épisodiques signatures tricolores dans des ciels festifs. Son chef semble muet et son service de presse exilé en terre inconnue. Elle est probablement cotée seulement AA par les médias quand la Marine cultive un AAA+ grâce à l'Aéronavale et son « fleuron » atomique qui impressionne si bien les journalistes, la pellicule et les caméras...

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29 octobre 2016

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