Certes, il y avait de la récupération dans l’air samedi soir : des milliers de Parisiens, à l’appel du Front de gauche, ont défilé pour apporter leur soutien à la Grèce, dont le sort se joue ce lundi à Bruxelles. N’empêche, les Français, selon un de l’IFOP, nous apprend le JDD, sont majoritairement (53 %) opposés à l'exclusion de la Grèce de la zone euro, alors qu'ils y étaient très favorables il y a quelques années. Certes, cela mettra du baume au cœur des Grecs même si "les carottes sont sans doute cuites" et que le peuple hellène attend sans trop d’illusions de savoir à quelle sauce l’ogre européen va l’assaisonner… "Dans les olives, l’huile de la révolte bout ; le feu des légendes creuse les phrases lapidaires. Et chaque pierre, chaque colonne, chaque fronton et chaque épi affirme par les yeux de l’homme et par lui-même. La Grèce ne faillira pas…" écrivait, prémonitoire, Pierre Seghers…

On l’a compris : lorsqu’on n’est pas du Front de gauche, il ne reste aux philhellènes français, solidaires des Grecs, que le réconfort de la littérature.

Autres lieux, autre culture, de l’autre côté du Rhin chez la chancelière de fer, on est bien descendu timidement dans la rue samedi soir à Berlin mais on ne se réfugie guère dans la littérature. Dans un pays où les tabloïds haineux réclament depuis belle lurette la sortie de l’euro, on ne versera pas une larme de crocodile, bien au contraire. Mais on fera la fête : eins, zwei, drei, prosit (à votre santé). En mettant sur le marché d’ores et déjà une eau de vie baptisée "Grexit", "à la vodka et au citron", pour arroser la bonne nouvelle. Et si l’on a renoncé à l’ouzo pour ce "Grexit" liquoreux, l’étiquette en revanche représente une caricature du grec et de son ministre des Finances, trinquant tout sourire à leur mise au ban de l’Europe...

Sarcastiques, intransigeants et volontiers donneurs de leçons, voilà comment se présentent à la table des négociations ces Européens qui décident du sort de la Grèce. On aura entendu les propos les plus méprisants à l’égard des jeunes dirigeants grecs, depuis le belge demandant de « sonner la fin de la récréation » jusqu’au ton hautain de Mme Lagarde lançant : « L'urgence est de rétablir le dialogue, avec des adultes dans la pièce." C’est l'hybris du projet européiste (l’arrogance funeste) qui aura dominé les dernières négociations. L'hybris était, pour les Grecs de l'Antiquité, l’expression même d'un orgueil démesuré que les négociateurs de Bruxelles ont voulu perpétuer…

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22 juin 2015

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