Son nom restera gravé dans le marbre du sport français. Alain Mimoun, décédé vendredi à l’âge de 92 ans, fut le champion d’un autre temps.

Loin de ces sportifs qui ricanent de nos jours pendant La Marseillaise, le natif du sud-oranais avait les trois couleurs dans le sang. D’abord par son vécu militaire – grièvement blessé durant la campagne d’ en 1944 – ensuite par son comportement de patriote ascète et humble jusque dans le triomphe.

Le triomphe absolu, il eut le bonheur de le toucher pour de vrai, un jour de 1956, sous le soleil infernal de Melbourne. 120.000 spectacteurs, l’or Olympique, au bout d’un marathon de légende où les coureurs du bloc de l’Est fondirent comme soviétiques au soleil.

Ce fut l’apothéose d’une carrière comblée de 29 titres de champion de France et d’un palmarès international impressionnant : trois fois vice-champion olympique en 1948 à Londres (10 000 mètres) et 1952 à Helsinki (5 000 mètres et 10 000 mètres), quadruple champion du monde de cross en 1949, 1952, 1954 et 1956 !

Gaulliste effervescent, catholique presque fascinant, tombé amoureux de la France, Mimoun s’insurgea à la fin des années 1990 lorsque la Fédération française d’athlétisme eut l’idée saugrenue de retirer le coq du maillot national.

A des années lumières d’un autre enfant d’Algérie, pour ne pas le citer, Alain Mimoun vouait une passion à notre histoire nationale. Du chevalier Bayard au Général, il en défendait l’épopée envers et contre tous. Chaque année, il osait sortir le drapeau bleu-blanc-rouge à quatre reprises : pour les 8 mai, 18 juin, 14 juillet et 11 novembre ! Acte devenu – c’est un comble – politiquement très incorrect, qu’il faisait tout naturellement : 

Même que les gens croient que chez moi c’est la gendarmerie. J’ai failli perdre une jambe lors de la campagne d’Italie. C’est pas du bricolage, c’est pas pour faire beau. Ce droit, il faut le mériter. Tout ce que j’ai gagné dans ma vie, c’est la reconnaissance de la France.

Alain Mimoun, enfant de la patrie, se souvenait de son jour de gloire en des accents graves :

J’ai donné mon sang pour la France et j’ai arraché quatre médailles pour elle. Honnêtement, ce qui me peine un peu, c’est le sentiment que, parfois, le peuple français ne mérite pas son pays.

J’ai fait dix fois le tour du monde, pour moi rien ne vaut la France. Quand le drapeau français a été hissé, j’ai pleuré sans larmes tellement j’étais déshydraté. Pour moi, la France, c’est la plus belle fille du monde avec, en plus, quelque chose de sacré, comme une atmosphère de sainteté.

Alain a franchi sa dernière ligne d’arrivée. Maintenant, aux sportifs français de prendre un nouveau départ, en suivant son exemple sublime !

30 juin 2013

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