Trump et la présidentielle : six ans de travail

Le New York Times a publié le 13 mars une utile récapitulation (« Trump’s 2016 Bid Began in Effort to Gain Stature ») qui explique que le clown n’est pas si fou, car cela fait plusieurs années qu’il a planifié son OPA sur le parti.

Trump met très précisément en œuvre la campagne qu’il avait déjà proposée à Romney pour l’élection de 2012, après avoir fait ses propres études de marché dès 2010, constatant (voir ses entrevues télévisées de l’époque) qu’il y avait des millions d’électeurs ouvriers qui se sentaient parias et ne votaient plus, que la majorité de l’électorat féminin familial vivait dans l’angoisse de la mise à la rue, que les minorités hispanophones voulaient des jobs (et non pas plus d’immigrés) et qu’ils se rallieraient tôt ou tard aux républicains avec la croissance économique, que le désastre du Proche-Orient engendrerait toujours plus de fanatisme et de haine sur le territoire même des États-Unis, que les infrastructures étaient dans un état dérisoire, que les accords commerciaux internationaux pulvérisaient le tissu industriel, que les ouvriers qui avaient la chance d’avoir un emploi étaient payés au tiers ou à la moitié de ce que percevaient leurs parents, bref que la classe moyenne se prolétarisait dans le grand tohu-bohu mondialiste tandis que l’ensemble de la population n’était plus en sécurité chez elle.

Peine perdue… Newt Gingrich, ancien Speaker de la Chambre des représentants, disait récemment sur FOX News que « la ville de Washington et ses comtés avoisinants étaient les plus riches du pays, que l’on n’y fabriquait pourtant ni avions, ni ordinateurs, ni traitements médicaux, mais seulement du gouvernement [et concluant que] Washington était donc immunisée contre la crise ».

Romney, acceptant le financement de Trump en 2011, avait refusé d’entendre sa stratégie, contraire aux besoins du cartel washingtonien, préférant un programme économique classique (moins d’impôts, plus de mondialisation) tout en faisant du stoppage de la Russie le centre de sa politique étrangère.

Résultat quatre ans plus tard : Trump et Sanders sèment le chaos, se disputant en partie le même turf électoral, les deux optant pour le non-interventionnisme international. Hillary Clinton commence à craindre que Trump ne la double à gauche, tandis que Sanders craint que Trump ne lui subtilise les syndicalistes non marxistes, cependant que les républicains sont paradoxalement terrifiés à l’idée que des millions de nouveaux électeurs (indépendants et démocrates) rejoignent les rangs du parti… mettant en danger l’élection ou la réélection des sénateurs et parlementaires du cartel. Bref, le Grand Remplacement populiste.

L’on peut donc conclure que le conflit avec l’establishment est désormais « polémologique ». Il faut protéger Hillary à tout prix. Elle est la seule représentante crédible du complexe militaro-industriel.

Les résultats du « Super Tuesday 2 » du 15 mars détermineront si les récents actes de sabotage électoral, les actions de commandos perturbateurs des rallyes trumpiens, l’intense accusation médiatique de haine, soutenue par le chorus des candidats de droite, auront eu pour effet d’immobiliser la campagne Trump. À moins que ce dernier ne démontre que Gandhi avait raison : « D’abord ils vous ignorent, ensuite ils vous raillent, ensuite ils vous combattent, enfin vous gagnez. »

Gandhi a cependant mal fini…

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