Augmentation des péages autoroutiers : non non, jurait Ségolène. C’est oui oui.

Ecrivain, musicienne, plasticienne
 

Madame Royal est ministre de l’Écologie. C’est une grande spécialiste des éoliennes, ces modernes girouettes : pareille à elles, elle tourne avec le vent.

En décembre dernier, quand s’annonçaient les frimas et que commençait à souffler la bise des augmentations – celles qui arrivent chaque année en janvier après la galette des rois et les soldes du blanc (électricité, gaz, SNCF, timbre, métro, etc.) –, Ségolène Royal nous l’avait juré craché par terre : pas question d’augmenter les tarifs autoroutiers comme le demandaient ces requins qui nous ponctionnent à chaque péage.

Quand la ponction tombait encore dans l’escarcelle de l’État, on se faisait une raison. On se disait que, d’une certaine manière, cela sortait de notre poche pour y retourner. Naïf, d’accord, mais il faut bien garder quelques illusions si l’on ne veut pas être tenté par le suicide. Mais avec le coup de génie du poète Galouzeau de Villepin, l’État s’est débarrassé à vil prix des bijoux de famille au moment où ils commençaient à devenir rentables. Transfert de bénéfices, adieu le retour sur investissement. Une fois de plus, le contribuable s’est retrouvé cocu.

Alors on a bien voulu croire Ségolène quand elle a prétendu voler au secours de l’usager : non non, pas question d’autoriser l’augmentation des tarifs autoroutiers tant qu’elle serait ministre, ou alors il faudrait pour cela lui rouler sur le corps. On l’entend encore, crachant dans le micro à la sortie du Conseil des ministres : « C’est inadmissible. On ne leur [les sociétés autoroutières, NDLR] donnera pas cette autorisation, d’abord parce que le rapport de la Cour des comptes a mis en exergue le fait que les autoroutes ont déjà trop augmenté leurs tarifs par rapport aux droits qui étaient les leurs. Nous allons mettre en place des règles du jeu et je pense que c’est une provocation. Et cette provocation, bien évidemment, n’a pas lieu d’être. Je pense que c’est pour elles un rapport de force, mais là, l’État, au nom des Français et au nom du pouvoir d’achat des Français, va prendre ses responsabilités et va leur rappeler leurs droits et leurs devoirs. » Non mais, de quoi ? Des bretelles dans la soupe, des cheveux dans la salade ?

On allait voir de quel bois se chauffait Ségolène ! Il a même été question de résilier les contrats, voire de « renationaliser » les sociétés d’autoroutes. Et le contribuable benêt (je parle de moi) de se demander bêtement où notre État exsangue pourrait bien trouver les 40 à 50 milliards d’euros nécessaires à ce rétropédalage.

Et trois mois plus tard, que croyez-vous qu’il arriva ? C’est Ségolène qui céda.

On apprend, en effet, en ce lundi pascal que les tarifs autoroutiers vont bien augmenter dans les prochaines semaines. On avance le chiffre de 0,57 %, sans doute début juin, histoire d’en profiter pleinement pour les vacances d’été. Oui, mais il y aura des contreparties, nous assure-t-on : « Les sociétés d’autoroutes devraient s’engager sur un plan d’investissement de l’ordre de 3 milliards d’euros et 15.000 emplois temporaires. » Toujours méfiante, je note que si l’augmentation est ferme, les contreparties sont encore au conditionnel, et l’on sait ce que vaut ce temps si abondamment employé par nos élites. Quant aux emplois temporaires, on les imagine très bien : des emplois aidés de laveurs de pare-brises sans doute, et d’accortes jeunes filles en gilet fluo distribuant de la pub pour McDo aux péages… Bref, de quoi se préparer un brillant avenir de chômeur aidé.

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