Notre-Dame-des-Landes : François Hollande et Manuel Valls se dégonflent

Professeur honoraire
 

François Hollande, dont l’immense majorité des Français ne souhaitent pas la réélection, n’aime pas consulter le peuple par référendum : il craint d’être désavoué et n’a pas la fierté du général de Gaulle pour se retirer en cas d’échec. On connaissait le référendum plébiscite et le référendum sous condition – dont le pouvoir ne tient compte, comme en 2005, que si le résultat correspond à ses attentes. En voici une nouvelle espèce : le référendum bidon ou, si l’on préfère, le référendum alibi.

Dans leur précipitation, Hollande et Manuel Valls ne semblent pas avoir mesuré toutes les conséquences d’une telle décision – ce référendum étant naturellement étranger à l’entrée au gouvernement de trois écologistes en manque de portefeuille, puisque Emmanuelle Cosse a nié tout marchandage. À moins que, précisément, ils n’espèrent que les difficultés soulevées leur permettront d’atteindre l’échéance de 2017 sans avoir à trancher.

Laissons les questions juridiques que pose une telle consultation aux spécialistes du droit. On peut, en revanche, légitimement s’interroger sur le périmètre de ce référendum, dont dépendra en grande partie le résultat. La Loire-Atlantique, la Bretagne, les Pays de la Loire ? Et pourquoi pas tous les Français ? Après tout, si l’État participe au financement du fameux aéroport, ne sont-ils pas tous concernés ? Mais, à supposer que ces questions se règlent, est-on certain que le résultat ne sera pas contesté ?

« Si c’est oui, alors tout le monde devra accepter cette décision. Si c’est non, l’État en tirera les conséquences », a déclaré le chef de l’État d’un ton péremptoire. Et Manuel Valls de répéter, pour ne pas être en reste, qu’il faudra « que tout le monde accepte le verdict ». Pourtant, si le oui l’emporte, on peut douter que les « zadistes » et les extrémistes remballent leurs affaires pour laisser place aux bulldozers. Si c’est le non et que le projet est enterré, c’est la crédibilité de la parole publique qui en prend un coup. Sans compter que le concessionnaire serait en droit de réclamer des indemnités : comme pour l’écotaxe, finalement supprimée, la facture risque d’être salée.

Il conviendrait aussi, en cas de référendum, que l’équilibre de l’information fût respecté. Jusqu’à présent, entre les partisans et les opposants, il n’est guère aisé de discerner qui a raison. Si ce fameux aéroport est utile pour l’économie et l’emploi, pourquoi tergiverser ? S’il ne l’est pas, pourquoi avoir tant attendu pour y renoncer ? On va finir par croire que d’autres intérêts sont en jeu.

Incapable de se prononcer, François Hollande joue les Ponce Pilate et se décharge de la décision. Cet « ami » du peuple, qui a peur du peuple, se découvre tardivement un goût pour la démocratie directe qu’il a toujours rejetée. Il est vrai qu’il n’en est pas à une contradiction près. On a déjà vu comment cet ennemi déclaré de la finance a su composer avec le capital. Pragmatisme, diront ses défenseurs – si l’on en trouve. Incohérence et opportunisme, plutôt. Son fidèle parmi les fidèles de Premier ministre le suit : jusques à quand ?

Atteints de procrastination, François Hollande et Manuel Valls veulent gagner du temps. Ils espèrent qu’ils reprendront plus tard leur essor dans les sondages, mais leur réputation leur colle à la peau. Enfermés dans leurs calculs politiciens, ils ne démontrent, dans cette affaire, que leur impéritie. Tous deux se dégonflent comme des baudruches.

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