François Hollande, sans affect et sans honte…

Ecrivain, journaliste
Son blog
 

La France, devant son poste de télévision, mardi, avait presque mal pour lui. Grand Dieu, le temps passait, la première question des journalistes approchait, et tout le monde l’imaginait tétanisé. Ce discours introductif qui n’en finissait pas n’était là que pour reculer l’instant fatal, c’était le « Encore un moment, Monsieur le bourreau » de la comtesse du Barry au pied de l’échafaud.

Penses-tu. Seuls les Français étaient fébriles. Seul le journaliste du Figaro, Alain Barluet, à qui revenait l’insigne honneur d’ouvrir le feu, se sentait l’estomac retourné et des jambes de coton. Car pour lui, devant le pupitre, ma foi, tout allait bien. Sa vie privée était sa vie privée. Il se donnait trois semaines pour statuer sur le cas Valérie Trierweiler. Trois semaines de réflexion ? Non, trois semaines d’observation de deuil. De deuil affectif. Par décence, par correction. Pour ne pas avoir l’air de l’enterrer trop vite. Mais Hollande ne lui ayant rendu aucune visite depuis son hospitalisation, il est clair que le dossier est déjà jugé et classé aux archives.

Le supplice de l’interrogatoire terminé, Hollande a-t-il fui, le rouge au front, rasant les murs, pour s’enfermer dans son bureau ? Penses-tu ! Le Président, désœuvré — rejoindre la rue du Cirque est devenu plus complexe —, errant peut-être dans les couloirs, a vu soudain de la lumière et est rentré. S’invitant ainsi sans crier gare à l’after de la conférence de presse qu’offrait Aquilino Morelle – son conseiller politique – à quelques privilégiés. Et le plus gêné n’était pas celui que l’on croit. Facétieux, bonhomme, parfaitement à l’aise, François Hollande a devisé gaiement avec les journalistes, dont « il apprécie beaucoup la compagnie », nous dit Le Monde — un amour vache, il faut bien le dire, qui en conduit certaines à l’hôpital —, s’étonnant non pas des questions qu’on lui avait posées mais de celles qu’on ne lui avait pas posées.

Mais quelle sorte d’homme les Français ont-ils mis au sommet de l’État ? Sans doute n’arrive-t-on pas à cette fonction sans un profil psychologique « particulier ». Sans doute faut-il être légèrement mégalomane pour prétendre à la présidence de la République, voire vaguement illuminé pour s’imaginer investi d’une telle mission supérieure. Mais celui-ci… C’est encore autre chose. Et cet autre chose fait un peu froid dans le dos. Du fait d’un physique peu porteur joint à une personnalité sans relief, on ne s’est pas méfié. Comme s’il suffisait de manquer de charisme pour être un « bon gars ».

Dans un livre intitulé Jusqu’ici tout va mal sorti hier chez Grasset, Cécile Amar (du service politique du Journal du Dimanche) évoque le début du quinquennat : François Hollande y est invariablement décrit par ses proches (notamment Valérie Trierweiler) comme « sans affect ». Absolument « sans affect ». On ne sait trop ce que lui ont transmis jadis les frères de l’école Saint-Jean-Baptiste-de-La-Salle à Rouen, mais apparemment aucun de ces tropismes chrétiens que sont le scrupule qui fait douter, l’introspection qui remet en cause, ni le remords qui ronge. C’est ce qui lui permettra de tenir jusqu’au bout. Il nous enterrera tous, et la France avec nous. Comme Trierweiler, sans affect et sans honte.

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