Le délicat débat sur la prostitution

Le 8 août dernier, le journal Libération a publié, sur son site Internet, une tribune ayant pour titre « Contre le choix pro-prostitution d’Amnesty International ». Si le sujet de la prostitution est litigieux tout autant qu’il est passionnant, triste est de constater que régulièrement le débat se réduit à un sexisme primaire.

Alors que, dans notre société, le mot « majorité » n’a d’importance qu’en périodes électorales, les minorités sont, quant à elles, toujours mises en valeur. Les principaux sujets tournent autour d’une ou de plusieurs minorités (mariage gay, immigration, islam) et, surtout, toujours traités par rapport à ces mêmes minorités. Mais chez les prostitué(e)s, paradoxalement, la majorité féminine efface complètement la minorité masculine qui, elle, n’a pas le droit à la parole.

Quand la tribune affirme que « le système prostitutionnel représente un aspect de la domination masculine dans sa forme pure » – à comprendre une domination sur les femmes -, les auteurs oublient que la prostitution n’est pas qu’une affaire de femmes, mais est bel et bien une affaire de corps. Si la prostitution masculine est parfois faussement vue comme une aubaine (être payé pour coucher), c’est pourtant, tout autant que pour les femmes, une activité difficile, parfois douloureuse, toujours marquante. La détresse n’a pas de sexe, n’en déplaise à certains.

Mettre l’homme dans la position caricaturale du pourri rempli aux as qui profite des femmes pauvres et soumises, c’est oublier que pendant très longtemps, et encore aujourd’hui, la prostitution pouvait être un choix, mais avant tout (car c’est notre sujet) que de nombreux hommes vendaient aussi leur corps. De nombreuses sociétés ont été ouvertement bisexuelles, certaines même voyaient les relations sexuelles avec de jeunes garçons comme tout à fait normales.

Dans cette perspective, peut-on sérieusement penser que la prostitution est affaire de femmes ? La prostitution masculine vaut-elle moins que l’autre pour que l’on jette autant d’hommes aux oubliettes ?

Caricaturer ainsi les relations clients/prostitués, c’est aussi cacher le fait que les femmes profitent également du plus vieux métier du monde. Certes, le rendez-vous sera sans aucun doute différent, mais reste que nous sommes toujours face à un achat partiel d’être humain.

Mais au-delà de ce sexisme quasi permanent, ce qui m’étonne le plus, c’est la polémique même autour de la prostitution et la logique inexistante de notre société. Dans notre monde où n’importe qui peut acheter un bébé, livré 9 mois plus tard (mais sans l’emballage) par une femme que l’on paye à la livraison, les mêmes qui défendent ce genre de transaction punissent de l’autre plume la prostitution.

Alors quoi, ici, payer l’achat d’un enfant, c’est oui ; payer pour un quart d’heure avec une prostituée, c’est non ?

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