Apprentis pas sorciers, il se pourrait bien que Jean-François Copé et François Fillon aient été les déclencheurs involontaires, puis les accélérateurs et les vecteurs d’un phénomène, glissement de terrain ou séisme, qu’ils ne maîtrisent plus, et qui pourrait non seulement ébranler, mais fissurer et même faire éclater leur parti au point de changer la donne et de modifier profondément le paysage politique français.

Ce qui est en jeu désormais dépasse en effet le simple affrontement de deux ambitions, de deux personnes en lutte pour un seul fauteuil. Et puisque Guignol, hier, faisait relâche, le moment est peut-être venu de tirer les leçons de ce qui se passe depuis douze jours à l’UMP et qui dessine des perspectives nouvelles.

Les dirigeants et, semble-t-il, les militants de ce qui se présentait comme le parti unique de la se répartissent entre trois fractions sensiblement égales.

Un bon tiers de l’UMP, qui se réclame de la droite « forte » ou « décomplexée » insiste sur des thèmes, développe un discours et formule des propositions qui ressemblent de façon troublante à une reprise et à un démarquage des thèmes, des discours et des propositions du Front national. La logique et peut-être aussi la sensibilité de ce courant voudraient qu’au fil des prochaines échéances électorales, il se rapproche du mouvement de , à moins qu’une lente hémorragie le vide progressivement de sa substance au profit de ce dernier qui pourrait bénéficier d’une dynamique et d’une attractivité supérieures.

Dans ces conditions, il serait assez vraisemblable que, parallèlement, ceux qui, derrière François Fillon, se sont constitués en groupe dissident nouent ou renouent des liens avec cette résurgence de l’UDF qui semble, derrière Jean-Louis Borloo, avoir le vent en poupe. Il n’est pas inimaginable, si les circonstances s’y prêtaient, si la démocratie leur paraissait en danger, autrement dit si le Front national venait à incarner une hypothèse plausible d’alternance, que ce centre — ou ventre mou — aille jusqu’à constituer un « front républicain » avec la mouvance social-démocrate, ressuscitant ainsi la coalition dite de « troisième force » qui fut aux commandes pendant la plus grande partie de la IVe , en rejetant symétriquement dans l’opposition la de la gauche et la droite de la droite.

Un dernier tiers de l’UMP rassemble, derrière , Xavier Bertrand, Bruno Le Maire, Nathalie Kosciuzko-Morizet, et, dans la coulisse, Nicolas Sarkozy, les « sages », les « non-alignés » qui mesurent ce que le triomphe des tendances centrifuges ferait perdre à la droite « républicaine » : son assise électorale, ses moyens financiers, son statut de grand parti de gouvernement dans le cadre du système caduc qui, sous le nom fallacieux d’alternance, fait en effet se succéder au pouvoir, depuis trente ans, sous les bannières fanées et les étiquettes mensongères de « gauche » et de « droite », les pareils et les mêmes, ces équipes si semblables d’énarques, de politiciens professionnels et d’aparatchiks cyniques et désabusés qui ne jurent que par l’ — leur Europe —, l’euro — leur euro —, la du commerce, la , et considèrent qu’il faut mettre un point final à l’ de la , cette puissance de second ordre. Ce n’est pas sur la base de valeurs ou d’idées communes mais sur celle d’ambitions personnelles et d’intérêts particuliers cimentés par le pouvoir que ces réalistes tentent et tenteront de rabibocher les deux clans affrontés.

Mais est-il encore possible de faire cohabiter sous le même toit, après les scènes de ménage auxquelles nous avons assisté, un couple qui ne veut plus vivre ensemble ?

30 novembre 2012

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