Editoriaux - International - Sport - Table - 19 février 2017

Reviens, Coubertin, ils sont devenus fous !

Selon les commentaires médiatiques, il semble que la ville de Paris ait de bonnes chances de remporter l’organisation des Jeux olympiques de 2024, soit 100 ans après les derniers Jeux qui se tinrent à Paris en 1924. À première vue, il faudrait se réjouir que notre pays puisse, une nouvelle fois, faire la preuve de sa capacité à organiser un tel événement planétaire qui met en valeur les vertus et les beautés de la compétition sportive.

Malheureusement, pour décrocher l’organisation des Jeux olympiques, la France doit se coucher devant une ONG et se renier devant la double dictature financière et anglo-saxonne.

Dictature financière, car l’argent est peut-être devenu le critère essentiel du choix d’attribution de l’organisation. Force est de constater que seules quelques mégapoles de rang mondial peuvent encore postuler et porter un tel événement dans le monde. Le CIO (Comité international olympique) n’attribuera jamais les Jeux olympiques à des villes de second rang telles que Lyon ou Lille, ou même à la plupart des capitales de la majorité des pays du monde. Ainsi, jamais une ville d’Afrique n’accueillera les Jeux. À l’inverse, le CIO accepte la candidature de Los Angeles – qui peut parfaitement l’emporter face à Paris – alors que cette ville a déjà accueilli les Jeux en 1984 et que Paris attend son tour depuis un siècle. Si Los Angeles devait l’emporter, ce serait une victoire des puissances de l’argent sur le bon sens et la morale sportive qui veulent que l’attribution de l’organisation des Jeux olympiques se fasse de manière désintéressée et à tour de rôle entre les villes et les pays, comme le voulait Pierre de Coubertin.

Dictature anglo-saxonne, car nous avons vu la délégation française – maire de Paris en tête – défendre son dossier en langue anglaise. Seul le ministre de l’Intérieur s’est exprimé en français (encore heureux !). Il en va jusqu’au slogan de la candidature qui est en anglais – “Made for Sharing” – car on nous explique que l’échec de la précédente candidature était imputable à une candidature trop francophone ! Faut-il donc parler anglais et être inféodés aux méthodes et à la manière de penser des Anglo-Saxons pour avoir le droit d’organiser les Jeux olympiques ? Pourtant, le CIO est censé refléter toutes les sensibilités et exprimer l’universalité des valeurs sportives. La langue française est même l’une des langues officielles du CIO et des Jeux olympiques.

Alors, fallait-il postuler dans ces conditions ? La question peut être posée.

Les Présidents de Gaulle et Pompidou auraient-ils accepté de voir le français – et, donc, une partie de la France – s’effacer ainsi au motif que la fin justifie les moyens ? Alors que notre pays affronte une crise d’identité et doute de son avenir et de sa place dans le monde, un tel effacement qui est aussi une soumission n’est pas de nature à lui redonner une espérance.

Si le dossier de candidature de Paris est aussi solide qu’on le dit, notre Comité olympique national ne pouvait-il pas le soutenir avec fierté en français en faisant valoir que la langue est une composante du génie et du savoir-faire français, que la France est le berceau des Jeux olympiques de l’ère moderne, et honorer la mémoire du baron de Coubertin ?

Quant au CIO, il montre une fois encore sa corruption morale, si ce n’est sa corruption tout court, et sa trahison envers ses fondements et la noblesse d’âme qui présidait à sa fondation.

Revenez, baron Pierre de Coubertin… Que sont devenus les Jeux olympiques de l’ère moderne ?

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