Editoriaux - Médias - Politique - Radio - 16 avril 2013

Quand on invite Frigide pour la détruire…

Le scandale des lasagnes à la viande de cheval à peine enterré, voilà que se présente l’affaire des interviews hachées. Très à la mode depuis quelques années, cette forme de questionnement qui consiste à interrompre son invité toutes les 5 secondes vient de démontrer sa dangerosité sur la personne de Frigide Barjot. Après force pilonnage de questions indigestes exprimées sur le mode hargneux-on-aura-ta-peau, l’égérie légère des anti mariage gay a succombé, laissant derrière elle deux orphelins qui seront confiés à un couple homo.

Faute de traçabilité sur l’emballage de l’interview hachée, il nous faut remonter aux origines de cette façon de cuisiner l’invité. D’abord les précurseurs : Jean-Jacques Bourdin. Chronométré à 7 secondes sans interruption en 1998. Jean-Michel Apathie : 6 secondes, puis le célèbre champion olympique : Robert Ménard (ça y est, je suis viré de Boulevard Voltaire), fervent adepte de « l’interruptus bruscatum », malgré son immense talent (je suis réintégré), personnages auxquels il convient d’ajouter toute une tripotée de chroniqueurs plus ou moins auto-bombardés journalistes ou philosophes de comptoir, on ne sait pas…

D’après Jean-Pierre Coffe, l’interview hachée ne proviendrait pas de Roumanie mais bel et bien des abattoirs de Radio France, RTL, Canal Plus et Europe 1, pour ne citer que les principaux fabricants.

À ce stade des recherches, la motivation reste assez confuse : l’ennui engendré par une réponse trop longue ? Il est vrai que le journaliste n’a pas toujours un recueil de mots fléchés sous la main pour patienter pendant la réponse de son invité. Les bons points ? Hypothèse plausible. Condamné à la dure condition de faire-valoir, le journaliste n’aurait d’autre choix que de parler plus que son invité et ainsi se faire remarquer de son chef de service. « Vous avez vu chef, ce que je lui ai mis ? »… Avancement, augmentation, vacances à Kaboul, etc. Les récompenses affluent.

Ou bien la résistance ? Car ne l’oublions pas, l’interviewer est un résistant. Un militant de toutes les causes justes et belles, une taupe déguisée en journaliste dont le combat consiste à inviter l’ennemi pour le détruire. Jean Moulin, si tu m’entends…

Victime collatérale des interviews indigestes, le consommateur téléspectateur craque à son tour. Et le rédac’ chef de déplorer le peu d’intérêt du public pour les émissions politiques. Ça ne plaît plus. « Vous voyez, on n’a pas fait un pet d’Audimat, les Français s’en foutent. »

Ainsi donc, lorsque la classe journalistique aura compris qu’à l’instar des lasagnes à la viande de cheval, le consommateur en a assez des interviews hachées, peut-être reviendra-t-il à des produits artisanaux, aux interviews faites à la main avec des réponses complètes comme le pain du même nom.

À lire aussi

Valérie Trierweiler révèle les rêves les plus fous de François Hollande

Valérie Trierweiler continue de presser le citron littéraire de son passage à l'Élysée en …