Entretien réalisé par Baudouin de Saxel.

Au lendemain d’affaires au cours desquelles les forces de l’ordre ont été prises pour cible, Manuel Valls a exigé que l’on sanctionne davantage leurs auteurs. L’ancien magistrat Philippe Bilger reproche une démarche symbolique teintée de sarkozysme. Il ne s’étonne pas, en revanche, du bilan catastrophique de l’expérience des jurés populaires en correctionnelle.

Manuel Valls a-t-il raison de vouloir alourdir les sanctions pour les agressions contre les forces de l’ordre ?

Le problème n’est pas d’aggraver les peines prévues à la suite des infractions causées aux policiers, mais déjà de les faire appliquer avec rigueur par les tribunaux ! Une certaine magistrature n’a de cesse de considérer que la police est présumée coupable. Il règne une grande incompréhension dans leur relation. Pourquoi faudrait-il toujours que les policiers aient les mains sales et la magistrature ait l’esprit propre ? Il n’y aura pas de véritable politique pénale favorisant l’ordre public sans une authentique solidarité entre les deux. Que les magistrats arrêtent de croire qu’ils ont le droit de traiter l’institution policière avec condescendance…

En tenant ces propos, le ministre de l’Intérieur fait écho aux déclarations de Nicolas Sarkozy lors de son discours de Grenoble, en 2010… S’inspirerait-il de sa politique ?

Sans parler de politique, Manuel Valls s’inscrit simplement dans la démarche impulsive et gratuite de l’action de l’ancien président de la République, alors qu’il avait réussi à s’en distinguer. Il tombe dans cette tradition des ministres de l’Intérieur qui consiste à réagir à des incidents (le 21 février dernier, deux policiers ont été tués alors qu’ils tentaient de stopper des malfrats sur le périphérique parisien) en proposant des réformes purement symboliques. Il en profite aussi pour marquer un but contre le camp de Christiane Taubira et son dogmatisme compassionnel, ce qui ne me déplaît pas.

Christiane Taubira, justement, avait ordonné un rapport sur l’expérimentation des jurés populaires dans les tribunaux correctionnels, mise en place par Nicolas Sarkozy. Le bilan est clair comme de l’eau de roche : un désastre. Était-ce prévisible ?

En janvier 2012, lorsqu’elle est entrée en application, je dénonçais déjà cette idée absurde. Autant les jurés ont une importance capitale en cour d’assises, autant les citoyens assesseurs n’en ont pas en correctionnelle pour la simple et bonne raison que la procédure n’a pas été créée pour eux. Cela coûte de l’argent, c’est inutile et cela retarde les procédures. Que voulez-vous… C’est l’éternel problème du président qui est persuadé que tout ce qui sort de son cerveau est frappé de légitimité et de qualité. Je me doutais bien que cette loi était un désastre absolu. Mais avec Sarkozy, ceux qui savaient n’avaient pas le pouvoir et ceux qui avaient le pouvoir ne savaient rien !

6 mars 2013

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