Dans la suite de ce chapitre, Pipo rencontre une joyeuse petite Bande.

*

Pipo ne demanda pas à son Maître de lui expliquer le DAROPT, mais il le remercia en lui disant qu’il était un bien plus grand génie que Monsieur Piquesous, qui n’était même pas parvenu à lui démontrer complètement la révolution fiscale.

– C’est parfait, Pipo, dit le Professeur en rosissant de plaisir, je vais donc te donner une mission.

– Merci, Mon Maître, quelle est votre mission ?

– Tu sais que puisque les Principes Généreux du Droit sont les mêmes partout, il faut donc abolir les frontières, et que celui qui refuse d’accueillir un Migrant qui vient d’au-delà des frontières n’est rien d’autre qu’un raciste ?

– Oui, Mon Maître, mais quelle est votre mission ?

– Et puis tu connais maintenant, puisque je viens de te l’apprendre, la mixité sociale pour tous et le DADAFOPT ?

– Oui, Mon Maître, mais s’il vous plaît, dites-moi vite votre mission !

– Alors, pour mettre tout ça en pratique, tu vas maintenant trouver à faire une Bonne Action, et quand tu auras réalisé ta Bonne Action, tu seras devenu presque comme moi un bon antiraciste. Un point, c’est tout.

Pipo marcha longtemps sans trouver d’idée de Bonne Action. Mais soudain un bruit de pas le fait sursauter: devant lui défilent dix jeunes Jeunes, tous habillés pareil. Ils portent le même blouson à capuche, avec de grands chiffres écrits sur le dos. Pipo les regarde l’un après l’autre. Numéro Un a un beau teint cuivré, Numéro Deux tire sur le jaune, Numéro Trois est tout noir comme Pipo, Numéro Quatre aussi blanc qu’une endive, et voici la peau rose de Numéro Cinq, verdâtre de Numéro Six, le visage brun de Numéro Sept, rougi de Numéro Huit, gris de Numéro Neuf, violacé de Numéro Dix !

– Qu’ils sont tous différents ! pensa-t-il. Pour sûr, Mon Maître serait content de les accueillir !

Pipo leva la main vers eux. En un instant ils firent cercle autour de lui. Pipo leur expliqua qu’il y avait un Grand Professeur, un Prince Généreux des Droits qui ne leur voulait que du bien. Comme il serait content de les faire venir dans sa jolie maison de vacances ! C’était un endroit très tranquille, avec tout ce qu’il fallait pour occuper des grands garçons comme eux : piscine, courts de tennis, billard, baby-foot; vidéo, chaîne hi-fi, caméras, télé 3D; ordinateurs, bibliothèque, tubes de peinture, crayons de couleur … À chacun de ces mots, le cercle se resserrait. D’une seule voix, ils lui répondirent: où était-elle donc, cette maison ? Ils lui faisaient tous un grand sourire et se tapaient dans le dos en sifflant. Pipo leur demanda d’où ils venaient. Ils lui dirent qu’ils venaient de nulle part et qu’ils n’avaient aucun papier. Ils n’avaient pas non plus de nom, et c’est pour ça qu’ils ne portaient que des numéros. Mais ils étaient tous très amis entre eux, amis à la vie à la mort. Tellement amis qu’ils avaient formé une Bande, une petite Bande de copains de toutes les couleurs.

– Suivez-moi, leur dit Pipo.

Le lendemain, sept cents kilomètres plus loin, ils atteignirent le portail d’une villa perdue dans les collines, entourée de grands murs de pierres sèches et baignée du chant des cigales. Pipo abolit les frontières de la belle propriété de son Maître et la Bande se faufila à sa suite pour découvrir les lieux.

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Comment Pipo finira-t-il d’accomplir sa Bonne Action? C’est ce que vous saurez demain en lisant la suite de Pipo le Pygmée sur Boulevard Voltaire.

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Dans la fin de ce chapitre et de ce petit conte, deux amis se rencontrent à nouveau. …