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Editoriaux - Politique - Table - 25 octobre 2016

Juppé, Bayrou, Fillon : rigueur, intelligence, clairvoyance, énergie

L’offre de la droite en 2012 était trop médiocre – puisque personne, alors, même pas François Fillon ou Alain Juppé, n’avait eu le cran de mettre en doute la capacité de Nicolas Sarkozy à la représenter à nouveau – pour que, chez beaucoup de citoyens, une envie de déserter son camp naturel ne survienne pas. En ce sens, François Bayrou a raison de souligner que l’ancien Président a engendré la victoire de l’actuel avec les soutiens décalés dont ce dernier a profité.

Certes, François Bayrou aurait pu, sans doute dû, s’abstenir, comme moi-même je n’ai pas su le faire, et ne pas croire un seul instant en la fiabilité de François Hollande.

Reste que ce dernier, par des voies détournées, a détruit la gauche et que Nicolas Sarkozy n’aurait pas été loin de mettre à bas la droite par une droitisation forcenée, vecteur d’un FN heureux de se voir copier, inspirée plus par un ressentiment suicidaire que par une réflexion digne d’un ancien chef de l’État. Si, enfin, les yeux et l’esprit dessillés, des rivaux, d’abord Alain Juppé, n’avaient pas mesuré le danger et proposé au pays une offre responsable et vigoureuse de la droite et du centre.

Parce que François Bayrou a toujours vu juste sur Nicolas Sarkozy et les scandales de son quinquennat, qu’il a fait un temps confiance à François Hollande et qu’Alain Juppé est son champion, il serait disqualifié et le maire de Bordeaux gangrené par cette sympathie équivoque. Rien de plus absurde car ce serait faire du premier un omnipotent et du second un ectoplasme !

Cette "primaire de la clarté", à lire son texte et sa validation par certains signataires, ressemble à une vaste plaisanterie !

Parmi les adeptes de cette transparence, on trouve, par exemple, Rachida Dati, Christian Estrosi ou Maurice Leroy, pour ne pas parler de l’évolutif François Baroin ! Pour les trois premiers, il ne m’a pas semblé qu’ils s’affichaient toujours en plein éclat politique, sans l’ombre d’une équivoque, et le dernier ne devrait pas répudier une complexité qui n’a pas été sans le distinguer longtemps de la masse de ses collègues épris de "clarté" !

Cette pétition a été élaborée pour une seule fin : servir une cause en perte de vitesse. Celle de Nicolas Sarkozy qui a été, en 2007, si peu partisan de la clarté qu’il a nommé au gouvernement des personnalités de gauche, transfuges intéressés, et qu’il a proposé des postes de ministre à des sensibilités aux antipodes de la droite. Au point qu’un spirituel Patrick Devedjian, accordé aujourd’hui avec Alain Juppé, a souhaité alors "l’ouverture même jusqu’aux sarkozystes".

Aussi, quand ces combattants pour la lumière englobent les Français et eux-mêmes pour une "alternance qui doit être solide, franche et visible", ils se moquent du citoyen. Puisque, derrière cette abstraction prétendument noble et volontariste, ils s’efforcent seulement, à des fins partisanes, de discréditer l’espérance d’une alternance qui vaudra largement la leur, aussi "solide, visible et franche" mais sans doute plus fine et intelligente, moins simpliste que la leur, à l’évidence plus opératoire car la droitisation extrême de la "clarté" invoquée sera le plus grand obstacle à sa concrétisation. Sa suprême impossibilité.

Comme on aurait aimé une authentique sincérité – une clarté du cœur et de l’esprit – n’occultant pas la manœuvre et assumant que cet aréopage hétérogène n’aspire qu’à une primaire pour les besoins de Nicolas Sarkozy et qu’il feint de théoriser l’obligation de restrictions par pur clientélisme ! Parce que cette limitation de la primaire "à la clarté" est, en réalité, une répudiation de la primaire ouverte jusqu’à la liberté ! Puisque la fausse clarté serait une roue de secours pour Nicolas Sarkozy quand la vraie liberté serait une voie royale pour Alain Juppé…

On nous fait prendre des vessies pour des lanternes.

Faut-il que les adversaires du maire de Bordeaux soient en état de stress – ils ont vraiment l’identité malheureuse – pour s’alarmer ainsi, un peu moins d’un mois avant la première échéance d’une primaire dont ils avaient accepté les modalités définies avec précision, notamment pour l’étendue du champ électoral et les conditions de participation !

Un tel comportement est de mauvais augure pour la suite et autorise qu’on doute de l’attitude des inconditionnels de Nicolas Sarkozy si celui-ci, comme beaucoup l’espèrent, était rejeté au second tour ou, encore mieux, était condamné à observer, ce qui serait un affrontement de plus grande classe, la joute entre Alain Juppé et François Fillon. Non pas "la tisane contre la vodka". Mais deux rigueurs, deux intelligences, deux clairvoyances, deux énergies, surtout deux tenues et deux allures.

Si nous n’étions pas dans une France déchiquetée avec une gauche en miettes et un Président qui, sadiquement, fait durer la souffrance pour interdire qu’on en recolle dans l’urgence quelques morceaux, cet exercice si obscur et cynique de "Pour une primaire de la clarté" serait risible. La main sur le cœur, ils préfèrent Nicolas Sarkozy, déjà essayé et vaincu, et leur détestation de François Bayrou à l’espoir, enfin, d’une véritable alternance.

Avec une primaire sans fausse clarté, avec une vraie liberté.

Et Alain Juppé au bout de celle-ci.

Extrait de : La primaire LR : une fausse clarté ou une vraie liberté ?

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