On ne tire pas sur une ambulance. Ça, c’était avant. Car depuis l’annonce du remaniement, tout le monde s’en donne à cœur joie pour dézinguer ce pauvre François Hollande, Florentin clochermerlesque qui doit faire se retourner le Florentin charentais dans son caveau familial de Jarnac.

La presse, tout d’abord, à l’exception notoire des canards propriétés du tout nouveau et flamboyant Jean-Michel Baylet (voir l’article de Caroline Artus du 14 février). Hier, dans La Provence, Olivier Mazerolle signait un éditorial définitif, intitulé « Désastre présidentiel » et concluait « a participé au discrédit de la politique. Un désastre. » Du côté des politiques, évidemment à mais aussi à gauche, ça tombe comme à Gravelotte !

Ce matin, sur , c’est l’un des derniers rescapés de l’épopée mitterrandienne – et qui n’a toujours pas fait valoir ses droits à pension de retraite -, Jack Lang, qui s’est précipité dans cette curée avant qu’il soit trop tard et qu’il ne reste plus rien à s’arracher parmi les lambeaux tirés de la piteuse ambulance. Pour résumer son interview : replâtrage et immoralité.

Replâtrage. Certes, Jack Lang a essayé d’enrober la chose à sa manière en parlant de « French touch », cette manie que nous avons, nous Français, de remanier entre deux portes et à tour de bras, bien loin par exemple des pratiques sérieuses (forcément) en vigueur en Allemagne. Mais il n’a pas manqué de critiquer aussi l’instabilité ministérielle : en trois ans, trois ministres de l’Éducation, trois ministres du Logement, trois ministres de la Culture. Ceci dit, sous le règne désormais mythologique de François Mitterrand, j’ai compté pas moins de dix ministres ou secrétaires d’État en charge du Logement…

Immoralité, maintenant. C’est sur ce sujet que Jack Lang a finalement été le plus cruel. Il s’est dit choqué de « l’immoralité de certains personnages qui, hier, étaient les contempteurs les plus durs à l’égard du Président et du gouvernement », visant, sans avoir besoin de fusil à lunette, Emmanuelle Cosse.

Vous me direz que cette salve ne touche que le nouveau ministre du Logement. Et les ricochets ? Vous y avez pensé, aux ricochets ? Qui a nommé Emmanuelle Cosse ? « Il » pourrait d’ailleurs la virer, sachant qu’elle maintient ses positions sur des dossiers lourds ou emblématiques, notamment la déchéance de nationalité, histoire que soit battu le record de Thomas Thévenoud : 9 jours au gouvernement, ex aequo avec le professeur Léon Schwartzenberg, détrônant ainsi Jean-Jacques Servan-Schreiber, détenteur du titre durant des décennies avec 13 jours… Oui, mais sombrer dans un naufrage, peut-être. Dans le ridicule, non. Au point où nous en sommes aujourd’hui, vous me direz…

Emmanuelle Cosse immorale ? Sans doute. Cynique même, du grec cynos, le chien. Pourtant, le chien mérite mieux, lui, le fidèle atavique !

Mais n’y a-t-il pas plus grave que l’immoralité ? L’amoralité, l’absence totale de morale. Quelque part, n’atteint-on pas en la matière des sommets élyséens ? On peut se poser la question.

La France a le privilège d’avoir une académie en charge d’édicter les règles de notre langue. Elle s’est, du reste, manifestée ces derniers jours au sujet de la réforme de l’orthographe. Elle a une petite sœur, l’Académie des sciences morales et politiques. Cette dernière aurait sans doute beaucoup à dire, par les temps qui courent, sur les fautes qui ne relèvent pas des compétences de sa grande sœur…

15 février 2016

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