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Editoriaux - Médias - People - Politique - Presse - 23 novembre 2014

Drôle de (première) dame

Le tout n’est pas de raconter sa vie intime, il faut encore assurer le service après-vente. Ainsi le veut l’époque.

On croyait avoir tout dit de , des actes et des mots que lui avaient inspirés sa liaison avec un homme politique connu, son élévation, sa disgrâce et sa chute. On pensait n’avoir plus à revenir sur le livre confidentiel, du genre de ceux qu’écriraient les oreillers s’ils avaient une plume, où, contant sans excès de pudeur son aventure et sa mésaventure, elle ne se contentait pas de dire sa déception d’intermittente du spectacle élyséen, de révéler les petitesses, de dévoiler les mensonges, de stigmatiser la lâcheté et les multiples trahisons de son camarade, mais étalait sa jalousie obsessionnelle, déversait une rancœur apparemment inextinguible et satisfaisait un désir de vengeance bien humain, trop humain.

Certains avaient témoigné de la compassion pour celle qui s’était rêvée en première dame avant d’être congédiée avec aussi peu d’égards qu’une saisonnière après les vendanges. D’autres, tout en admettant que dans cette affaire la malheureuse était loin d’avoir tous les torts, avaient observé qu’il y avait quelque excès à se présenter comme une innocente victime quand on n’avait fait que subir ce que l’on avait infligé à une autre et qu’il n’est pas sérieux de refuser les servitudes d’une situation dont on a accepté tous les avantages ou de prétendre au respect de sa vie privée lorsqu’on ouvre en grand au public la porte de sa chambre à coucher.

Bref, si Valérie Trierweiler ne s’était pas forcément grandie en écrivant, sans recherche de style ou excès de talent, puis en publiant Merci pour ce moment, l’image déjà passablement écornée de François Hollande en avait sensiblement pâti. C’était bien l’un des objectifs visés et l’exceptionnel succès de curiosité qu’avait valu à l’auteur un malheur qui, lui, n’avait rien d’exceptionnel, avait mis du baume sur ses blessures. Le moins que l’on puisse dire est qu’elle avait fait contre mauvais cœur bonne fortune et qu’elle avait finalement tiré le meilleur profit de son expérience. Le chapitre, donc, nous semblait clos.

C’était compter sans les mœurs de l’époque. Le tout n’est pas de raconter sa vie intime, il faut encore assurer le service après-vente. La Montespan, de nos jours, ferait une tournée triomphale à travers le monde pour y présenter ses Mémoires qu’elle aurait intitulés Un morceau de roi. Et c’est ce qu’entreprend, tels Buffalo Bill et son grand cirque il y a un siècle, la plus célèbre collaboratrice de Paris Match.

Le Barnum de Valérie Trierweiler a commencé, fort logiquement, par la Grande-Bretagne. On sait à quel point nos amis britanniques sont friands de feuilletons people et de scoops salaces vendus à des millions d’exemplaires. On sait aussi qu’ils ne laissent passer aucune occasion de dénigrer la France, les Français et d’abord, en toute hypocrisie, la légèreté de nos mœurs, oh là là… À la suite du vénérable Times et de la BBC, l’ensemble des médias d’outre-Manche a donc déroulé le tapis rouge sous les pas de l’ex-rivale de madame Royal(e) qui, jouant pleinement le jeu, en a remis une couche et distillé quelques indiscrétions toutes fraîches, quelques gossips bienvenus dont la presse de caniveau a aussitôt fait ses choux gras. Après Londres, ce sera Rome, puis New York, puis Berlin, puis Madrid, puis – qui sait ? – Pékin, et pour finir Tegucigalpa avec, n’en doutons pas, partout les mêmes retombées échotières, publicitaires, sonnantes et trébuchantes. Une nouvelle carrière s’offre à madame Trierweiler. Voyeurs de tous les pays, réjouissez-vous !

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