Le jeunisme me tape tellement sur les nerfs que j’ai tendance, parfois, à incriminer la vraie jeunesse, à lui reprocher de n’être que ce qu’elle est, comme si elle bénéficiait abusivement d’un statut qu’elle n’exploitait pas à fond.

Un samedi, j’ai été invité par l’AJM au palais de justice de Paris pour parler de la justice, des pratiques professionnelles, de la hiérarchie et de l’indépendance des magistrats. Je ne savais pas ce qu’était l’AJM et j’ai découvert qu’il s’agissait de l’association des jeunes magistrats. J’ignorais son existence. Elle a été créée en 2007 et, aujourd’hui, compte environ 350 membres.

C’est peu, certes, mais après avoir échangé avec ceux qui avaient bien voulu venir m’écouter et dont le questionnement a été pertinent et stimulant, je me suis dit que c’était une formidable occasion pour la justice et la magistrature que d’avoir la vigueur et l’intelligence de cette jeunesse-là.

Loin d’un syndicalisme judiciaire corseté, idéologique ou corporatiste, passionnée cependant par la réflexion collective et la communication des expériences entre magistrats de tous âges, l’AJM représente une chance dans un monde qui, malheureusement, oscille trop souvent entre un “marais” et des extrémismes qui déshonorent la justice. Entre le mur des cons et des enfermements professionnels qui se gardent bien de toute respiration extérieure.

La richesse de cette association est qu’elle permet et facilite ce qui n’a jamais été fait à l’École nationale de la magistrature et ailleurs, dans les juridictions : écouter des gens qui ont eu une histoire, des talents, peut-être des faiblesses, et s’enrichir à leur contact. Précisément à cause de leur diversité et de leur parcours différent, aisé pour l’un, malaisé pour l’autre. La magistrature n’est pas friande des réputations qui l’ont honorée ou non. Contrairement au barreau qui, malgré des haines vigilantes, se trouve un dénominateur commun en célébrant ses gloires et ses maîtres.

Je me rappelle avoir dialogué à ma seule initiative durant deux heures à la Cour de cassation avec un avocat général emblématique, Marcel Dorwling-Carter. Jamais invité nulle part, sinon pour évoquer sa technique, ses méthodes et son regard sur la cour d’assises !

J’imagine ce qu’un Éric de Montgolfier, un François-Louis Coste auraient à exprimer dans un tel cadre et, si on me conviait, j’aurais sans doute un discours autre.

Ce qui me séduit plus que tout, à l’AJM, est qu’elle n’est pas tombée dans un défaitisme, dans une morosité et qu’elle est fière d’avoir fait le choix de cette profession. Je me suis félicité de pouvoir lui adresser, ce samedi, un discours roboratif, enthousiaste, sincère qui avait pour finalité de ne pas les décourager contrairement à tant d’autres, pessimistes par principe et par paresse.

La présence de l’AJM dans le paysage judiciaire constitue une possibilité – si la jeunesse qu’elle invoque ne s’arrête pas trop tôt – de casser des rigidités, des orthodoxies, des partialités, de faire circuler un air de liberté et de spontanéité, d’amabilité et de souci du citoyen dans un univers qui en a besoin.

Ce sera d’autant plus nécessaire qu’à partir de 2017, la justice demeurera un enjeu capital et que son administration imposera des contacts et des rapprochements avec des instances moins enkystées dans les processus officiels, plus souples, moins dogmatiques. Impossible, dans tous les cas, d’avoir un garde des Sceaux aussi calamiteux que Christiane Taubira, mais il ne lui suffira pas d’être de droite !

Nous ne connaissons pas encore le détail du programme de François Fillon.

Nous disposons, cependant, d’une base que l’Institut pour la Justice a voulue lors d’une journée où Philippe Houillon, notamment, est venu exposer les grandes lignes du projet de François Fillon avant la primaire LR du 20 novembre.

Qu’on n’oublie pas, demain, l’AJM dans les tables rondes et dans les commissions qui ne réuniront pas, je l’espère, que des gens pensant la même chose !

Extrait de : Il y a des jeunes qui sont bien !

4 décembre 2016

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