Affaire Alstom : le sketch d’Arnaud Montebourg

Consultant international
 

Notre ministre annonce que la France n’accepte pas l’offre de General Electric. Avec, désormais, deux choix : celui qui consiste à retenir l’offre de Siemens, et un nouveau, qui consiste à demander à GE d’apporter à Alstom ses activités ferroviaires.

Bien sûr, il s’agit d’abord, peu avant les européennes, de faire croire que l’État va mater un industriel, américain qui plus est. Tout ceci est dérisoire quand on sait ce que les élus socialistes (mais aussi UMP) sont prêts à lâcher dans le cadre du futur traité transatlantique. Mais que penser des arguments de fond ?

L’emploi : ce n’est pas sérieux car personne ne prendra d’engagements au-delà de 3 ans. C’est d’ailleurs le délai que propose Siemens, qui a bien compté que 2014 + 3 = 2017 = présidentielle. Et puis, il faut savoir quels emplois on veut garder. Les entreprises françaises vivent avec le pistolet des pouvoirs publics sur la tempe. Il y a toujours un aréopage d’élus locaux, de préfets, d’apparatchiks syndicaux et d’inspecteurs du travail pour empêcher qu’on rationalise un site. Que PSA nous raconte les 20 dernières années d’Aulnay ! Il y a chez Alstom du talent, mais aussi de la mauvaise graisse dont l’entreprise n’a pu se débarrasser. Regardons certaines de ces usines, ou pourquoi Alstom a perdu le marché de maintenance des centrales EDF.

La constitution d’un grand champion du ferroviaire n’est pas plus viable :
– Si elle provient d’échanges d’actifs avec Siemens, le gain sera maigre. Les équipes se combattent, les doublons sont nombreux et les règles de concurrence de l’Union européenne pousseront à la cession d’activités rentables comme la signalisation ou la maintenance. Qu’en dira le ministre ?
– Si le partenaire est GE, c’est l’inverse. Hormis les activités de signalisation, l’apport se fera sur des produits peu maîtrisées par Alstom. Le temps de montée en puissance sera long ; les synergies à réaliser faibles.
– Dans tous les cas, Alstom restera trop petit pour ses concurrents, (Bombardier, GE ou Siemens) et tout autant empêché de se battre à armes égales avec eux du fait de son pavillon français, des contraintes qui pèseront sur sa compétitivité et parce que la commande publique, non financée et qui écrase ses marges, sera autant un poids qu’un atout. Bref, on repoussera de quelques années une disparition définitive.

Si M. Montebourg veut vraiment peser sur le cours des choses, il a deux autres options.

La première est l’option française. Avec une entrée de l’État au capital, appuyée sur une stratégie industrielle et soutenue par une politique de compétitivité, de soutien aux entreprises et à l’actionnariat (salarié, fonds souverain, …). Avec des sous (on peut déjà récupérer les 600 M€ du plan banlieue et les 800 M€ qu’on va encore remettre pour renflouer la SNCM), des réflexions de filière et d’achat public. Autant dire une révolution que les équipes de Bercy seraient bien en peine d’impulser, sinon de simplement comprendre.

La seconde est la recherche d’un autre partenaire. Il en existe un qui a du cash et l’accès à un immense marché. Son nom est TMH, holding russe qui fédère les activités de construction d’infrastructures, de matériel roulant et d’exploitation. Il est d’ailleurs déjà le partenaire d’Alstom, ainsi bien placé pour tirer profit des juteux marchés d’équipement à venir.

On me dit que l’heure n’est pas au business complice avec les Russes. C’est dommage, car ils ont déjà montré leurs atouts récemment dans la reprise de GEFCO. Et puis, on a déjà vendu Arcelor à Mittal en repoussant le Russe Severstal …

En clair, Montebourg est coincé. Ses solutions n’en sont pas et il n’est pas assez costaud pour imposer une option capable de sécuriser Alstom à plus de 10 ans. Il ne lui reste que l’agitation. Elle plaira toujours aux 16 % de Français que Hollande amuse encore.

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