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Marine Le Pen et Donald Trump : deux stratégies médiatiques si différentes

Journaliste
 

Marine Le Pen reproche – et c’est une grande tradition au sein du Front national – aux médias « mainstream » et subventionnés de faire le jeu de la gauche, et plus particulièrement d’Emmanuel Macron.

Ainsi, on la découvre sur les plateaux télévisés à s’ériger, face à des journalistes impassibles, en redresseuse de torts dénonçant les collusions parfaitement connues entre groupes de presse, groupes économiques et personnalités politiques. Il faut lire Ils ont acheté la presse, de Benjamin Dormann, à ce sujet.

Oui, Marine Le Pen a raison lorsqu’elle dénonce ces collusions.

Oui, bien entendu, il est choquant pour le citoyen français de payer sa redevance audiovisuelle et de se voir insulter, critiquer, moquer par certaines chaînes du service public.

Oui, il y aurait tant à dire sur l’engagement politique des journalistes au sein de la presse « mainstream » française.

Mais plutôt que de jouer le rôle de la victime représentant elle-même des millions de victimes qui seront, de toute façon, toujours méprisées par cette caste médiatique, économique et politique, pourquoi ne pas se servir d’autres armes ?

Pourquoi ne pas s’inspirer de Donald Trump, qui a gagné l’élection présidentielle aux États-Unis en faisant campagne via les médias indépendants et alternatifs, qui l’ont laissé parler des problèmes du pays, et non pas des polémiques stériles et habituelles ?

Il y a, actuellement en France, de nombreux médias qui percent et qui, s’ils n’atteignent pas (encore) les résultats d’un Breitbart News, comptent largement pour bon nombre de Françaises et de Français.

Alors, pourquoi systématiquement se refuser – tout en laissant ses lieutenants « aller au charbon » – à apparaître, ici sur Boulevard Voltaire, là sur TV Libertés ? Pourquoi ne pas accorder des entretiens exclusifs à la presse alternative lorsqu’elle en fait la demande ? Pourquoi s’évertuer à rester « dans le système, dans la matrice » ?

Marine Le Pen – qui use pourtant allègrement des réseaux sociaux et qui appelle son électorat à en user – semble craindre la presse alternative et dissidente, car elle ne la contrôle pas.

Elle ne contrôle pas cette presse alternative qui est là pour faire ce que la presse « mainstream » ne fait plus – à quelques exceptions près -, c’est-à-dire ouvrir le débat, confronter, opposer, provoquer, porter la contradiction, empêcher de tourner en rond.

Et pour la représentante d’un mouvement qui manque encore très largement de souplesse et qui frôle parfois, y compris avec ses adhérents et ses sympathisants, avec l’autoritarisme plus qu’avec l’autorité, il n’est pas envisageable une seule seconde de ne pas contrôler la dissidence.

C’est pourtant la souplesse, la créativité, l’insouciance et l’esprit d’entreprise qui ont permis à Donald Trump de remporter l’élection présidentielle américaine. Sans pour autant imposer sa patte derrière chaque média qui allait contre le système, tout en sachant parfaitement s’en servir, directement.

Marine Le Pen, si elle espère réellement un jour prochain remporter l’élection présidentielle avec l’étiquette de candidate anti-système, ne pourra pas échapper à cette vraie réflexion et remise en question…

PS Cette tribune a été écrite avant la lecture de l’interview donnée à Présent, mais cela ne change rien sur le fond de l’article.

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