Culture - Editoriaux - Histoire - 15 mars 2016

Vous avez aimé les Hauts-de-Seine ? Vous aimerez les Hauts-de-France !

Nous avions les Hauts de Hurlevent, terres balayées par le vent du Nord, les Hauts-de-Seine, où tout commença pour Nicolas Sarkozy. Nous aurons désormais les Hauts-de-France, nom voté lundi dernier par le conseil de la nouvelle grande région Nord-Pas-de-Calais-Picardie.

Une délibération qui fait suite à un simulacre de consultation. D’abord auprès de lycéens et d’apprentis dont on imagine que le niveau de culture historique et géographique doit être proche de l’altitude relevée à Berck-sur-Mer, la parfaite résultante du magnifique travail de déconstruction nationale dans lequel l’Éducation nationale excelle si bien.

Ensuite, la consultation, tambour battant, s’est poursuivie auprès des internautes : plus de 55.000 habitants, s’est vanté Gérald Darmanin, le petit Sarkozy des Hauts-de-France, vice-président de cette nouvelle région ! Une consultation qui était du genre « fromage ou dessert, sinon rien ». Mieux encore, une consultation semblable à ces terribles dilemmes que la vie, parfois, nous inflige cruellement : « Avoir la grippe toute ta vie. Ou bien, toute ta vie, avoir trente canards qui te suivent partout », comme le raconte drôlement Pierre Palmade dans un sketch.

Donc, ce sera Hauts-de-France. La grippe toute la vie ou les trente canards ? On ne sait pas encore. Ainsi l’a décidé Xavier Bertrand. En tout cas, c’est le nom qui sera soumis à la décision du Conseil des ministres avant l’été. Hauts-de-France : ça fait très chic, genre résidence de luxe surplombant la misère de la cité d’à côté. Arrosage automatique, portail avec digicode, gardien attitré et barbecue du samedi soir entre soi. Avec un nom comme ça, c’est déjà la moitié des problèmes sociaux-économiques de la région que M. Bertrand va pouvoir résoudre rapidement. Hauts-de-France : un peu prétentiard quand même, pour une région qui culmine à 295 mètres d’altitude à Watigny dans l’Aisne ! Prière de ne pas rigoler du côté de Chamonix ou de Font-Romeu.

Oui, mais on me dira que je n’ai rien compris. Le qualificatif « Hauts » est là pour rappeler que nous sommes en haut de la carte de France, confirmant cette manie idiote de dire que l’on descend dans le Sud et que l’on monte dans le Nord. Amusez-vous, une seule fois, à retourner la carte (le Sud en haut et le Nord en bas), de préférence une carte représentant notre pays, la Méditerranée et l’Afrique. D’un coup, vous allez voir le monde différemment, le monde tel qu’il est d’ailleurs en train de se recomposer ou décomposer sous nos yeux, le monde tel qu’il se déverse actuellement, comme obéissant aux lois de la gravité, non pas du côté de Neuilly mais du côté de Calais…

Si nous avons les Hauts-de-France, on se demande à qui sera réservée l’appellation Bas-de-France. Tout de même pas à la région présidée par le symétrique de M. Bertrand dans le Sud ? Il est vrai aussi que, depuis longtemps, on a banni le mot « bas » pour qualifier nos circonscriptions administratives. Les Basses-Pyrénées sont devenues Atlantiques en 1969, les Basses-Alpes, par un formidable tête-à-queue sémantique, Alpes de Haute-Provence en 1970. Ne parlons pas de la Loire-Inférieure devenue Atlantique en 1957. M. Estrosi peut faire cette promesse, celle-ci sans risque : Provence-Alpes-Côte d’Azur ne deviendra pas les Bas-de-France !

Le groupe Front national de la région, ci-devant Nord-Pas-de-Calais-Picardie, a critiqué à juste titre une appellation « sans racine et sans histoire ». Tout cela se terminera par des numéros attribués par la Commission de Bruxelles.

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