Les faits divers sont décidément de plus en plus intéressants à décrypter. Hier, une quasi-émeute déclenchée dans un hôpital cannois par des « gens du voyage » pour une simple rixe. Aujourd’hui, toujours plus loin à l’ouest, à Chicago, une autre dinguerie tout aussi révélatrice d’un autre délitement des mœurs civiques : ici, le laxisme ubuesque des autorités ; là-bas, la judiciarisation galopante de la vie de tous les jours.

À l’origine, une simple querelle de , certes un peu rude, à l’occasion de laquelle le jeune Noir Quintonio LeGrier s’attrape avec son paternel, batte de baseball à la main, néanmoins. Du raffut dans l’immeuble, normal. Un voisin qui appelle la , logique. Débarque donc un argousin blanc, Robert Rialmo, preuve qu’il faisait jusque-là son métier de policier.

C’est après que tout se complique. Sur la scène de ce qui n’est pas encore celle d’un crime, Robert Rialmo panique dans l’escalier. Quintonio LeGrier a toujours sa batte à la main. Sur le palier sort Bettie Jones, mère de cinq enfants, noire elle aussi. Le père de Quintonio LeGrier lui intime l’ordre de rentrer chez elle. À l’instant, aucun coup n’a été échangé entre le père et le fils LeGrier. Une banale « querelle d’hommes », dira-t-on.

Mais Robert Rialmo panique et tire sur le jeune Quintonio LeGrier. Par huit fois, dont un paquet de bastos dans le dos, le reste des balles perdues allant mourir dans l’infortunée Bettie Jones, qui n’y survivra pas et dont le seul crime aura consisté à ne pas écouter les conseils de Quintonio LeGrier père.

Tout cela aurait pu demeurer dans le registre du fait divers sordide et con à la fois. C’est après, que les choses se gâtent. Le policier, manifestement agité du revolver, aurait au moins pu faire acte de contrition, excipant du fait que la riposte n’était pas exactement proportionnée et qu’il avait paniqué au passage. Pourtant… Huit balles contre une batte ? Si Quintonio LeGrier avait eu un couteau à la main, il aurait riposté au M16, dézinguant la moitié de la population de l’immeuble ? Si Quintonio LeGrier avait tenu un calibre en pogne, il aurait répliqué avec un bazooka ? Et s’il avait véritablement fait son métier, une balle dans la jambe de l’énervé n’aurait-elle pas suffi ?

Non, au lieu de ça, Robert Rialmo a porté plainte. Selon son avocat, Joel Brodsky, « le fait que les actes de LeGrier ont obligé l’agent Rialmo de l’abattre et de tuer accidentellement Bettie Jones a causé et continue de causer un traumatisme émotionnel extrême ».

Un « traumatisme émotionnel extrême » ? Sûrement. Mais comme en ce bas monde chaque chose a son prix, ce « traumatisme émotionnel extrême » a le sien : dix millions de dollars qu’il entend extorquer à la famille LeGrier. « Une nouvelle fois, la de Chicago atteint le fond », affirme Basileios Foutris, avocat de la famille LeGrier, tant il est vrai qu’à ce train, les condés locaux trouveront bientôt du gaz de schiste. Surtout que (dernier petit détail) Robert Rialmo n’encourt, pour le moment, que trente jours de suspension de la part de sa hiérarchie.

Comme quoi la lecture des ouvrages d’Eldrige Cleaver, tête pensante des Black Panthers, est toujours d’une cruelle actualité.

10 février 2016

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