Si Marine Le Pen ne devait retenir qu’une seule leçon de la crise grecque c’est bien que tout État qui souhaiterait abandonner l’euro aurait non seulement toute l’Europe contre lui mais aussi les États-Unis et, cela va sans dire, les marchés financiers. Peut-on parler de mission impossible ?
 
La politique n’est pas une affaire de Bisounours, encore moins lorsqu’elle se teinte d’idéologie. L’euro est beaucoup plus qu’une monnaie, c’est la clé de voûte de la construction européenne, c’est le tabou par excellence. S’imaginer que l’on peut se présenter à un Conseil européen et annoncer son intention d’abandonner l’euro dans les six mois équivaut à un véritable suicide politique, sans compter le formidable cadeau aux marchés financiers qui ne demandent pas mieux que de connaître à l’avance ce qui va se passer le lendemain. Règle numéro un, donc : on ne peut quitter l’euro que par surprise.
 
Techniquement, cela implique qu’il faut imprimer la nouvelle monnaie secrètement et à l’avance, afin de pouvoir approvisionner les guichets le plus vite possible : la fermeture des banques, c’est une économie en apnée. L’opération n’est pas simple mais loin d’être insurmontable et Aléxis Tsípras a certainement commis une erreur de ce point de vue. Si l’on souhaite subordonner la sortie de l’euro à un référendum, il faut que le changement de monnaie intervienne à zéro heure le lundi qui suit le dimanche du vote. Bien évidemment, la parité de change entre la nouvelle monnaie et l’euro doit être de un pour un afin de s’épargner les changements d’étiquettes. Après le secret, règle numéro deux : le bon "timing".
 
Les vraies difficultés sont d’ordre économique. Du moment où un État sortirait de l’euro, quand bien même ce serait la France, il ne pourrait plus accéder aux marchés financiers, du moins jusqu'à ce que la parité de change de la nouvelle monnaie se stabilise, ce qui devrait prendre au minimum un an, le temps d’observer l’impact de la sortie de l’euro sur l’activité économique et l’inflation. Pour un pays qui a recours aux investisseurs étrangers à hauteur de 70 % de ses besoins de financement et dont le budget primaire est encore loin de l’équilibre - celui de la est en déficit, bon an mal an, d’une trentaine de milliards d’euros -, ne plus pouvoir emprunter signifie tout bonnement faire défaut sur sa et ne plus pouvoir payer ses fonctionnaires à la fin du mois. Sans commentaires.
 
Certains ont invoqué la solution de la planche à billets. Si c’était si simple, pourquoi la Grèce ne l’a-t-elle pas utilisée ? Disons les choses franchement : financer des déficits occasionnels par la Banque centrale peut se concevoir, mais financer un déficit structurel est une tout autre histoire, sauf à volontairement provoquer une inflation à deux chiffres, ce qui n’est pas forcément idiot mais hautement risqué.
 
La conclusion, c’est qu’à moins de s’aventurer dans le "no man’s land" d’une rupture monétaire de type révolutionnaire (assignats en 1790, sovznaks en 1917) qui généralement s’accompagne de la spoliation des rentiers (biens de l’Église, propriétaires terriens), la réduction des déficits est le passage obligé avant d’envisager une sortie de l’euro et, je dirai même plus, le meilleur moyen d’y parvenir est encore de clamer devant qui veut l’entendre son attachement à l’euro.
 
Quand je vous disais que la politique n’était pas une affaire de Bisounours…

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18 juillet 2015

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