Editoriaux - Justice - Santé - Tribune - 18 décembre 2016

Sécurité sociale : François Fillon se trompe

Le 12 décembre dernier , dans une tribune publiée dans Le Figaro, intitulée « Ce que je veux pour la Sécurité sociale », François Fillon déclarait que son programme « ne consiste nullement à privatiser l’Assurance-maladie, mais à sauver son caractère universel ».

Il précise même que “le poids des mutuelles et des assurances personnelles n’a cessé d’augmenter depuis des décennies”. Doit-on voir dans ces propos une certaine forme de regret ? Si tel est le cas, ce serait alors pour le moins paradoxal, car rappelons que c’est tout de même sous François Fillon, Premier ministre, que ce phénomène s’est développé considérablement.

Le député de Paris a beau dire, dans cette tribune, que les attaques dont font l’objet ses propositions depuis plusieurs semaines ne l’impressionnent pas, il semblerait pourtant qu’elles l’ont contraint à la reculade. Car celui qui nous dit, aujourd’hui, vouloir sauver l’assurance maladie est le même qui, lors du débat de l’entre-deux-tours de la primaire de la droite et du centre avec Alain Juppé, avait déclaré que “pour ce qu’on appelle le petit risque, on aille vers les assurances complémentaires”, en voulant “un bouclier de santé” pour les personnes à revenus modestes. Autrement dit, le glissement vers un modèle à l’américaine dans lequel les plus modestes auront tout juste le droit à une assurance minimum et où, à l’inverse, les plus riches, eux, pourront se soigner correctement par le biais des mutuelles et des assurances à prix élevés.

François Fillon a raison sur un point lorsqu’il déclare “que le chômage, la pauvreté et les injustices se propagent et menacent la solidarité nationale”. Bien sûr que si on veut pouvoir continuer à financer notre système de santé, nous devrons nous battre pour relocaliser l’emploi en France. Mais s’il fait le bon diagnostic, il fait, en revanche, erreur sur la façon dont il convient de traiter ce mal qui nous ronge.

François Fillon est honnête, mais il voit dans l’austérité la solution alors qu’elle est le problème. En effet, elle aboutira au détournement de l’investissement et à l’accroissement de l’épargne privée et, donc, à la réduction de la croissance et, par voie de conséquence, à l’augmentation du déficit.

Le programme de François Fillon lui a, certes, permis de sortir grand vainqueur de la primaire face à Alain Juppé et Nicolas Sarkozy, mais il ne correspond pas, pour autant, à ce dont la France a besoin. La France a besoin qu’on incite les entreprises à investir sur le territoire national afin de relocaliser de l’emploi.

François Fillon aime à rappeler qu’il a travaillé avec le gaulliste social Philippe Séguin, alors même qu’aujourd’hui, son heure semblant être venue, une partie de son programme consiste visiblement à détruire l’héritage du Conseil national de la Résistance.

François Fillon se trompe : il n’est pas nécessaire de faire souffrir les plus modestes pour redresser notre pays !

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