Une satisfaction pour ces Césars ? Gallienne loin devant Kechiche…

Entretien réalisé par Gabrielle Cluzel.

Laurent Dandrieu, vous êtes critique de cinéma à Valeurs actuelles et auteur d’un très remarqué Dictionnaire passionné du cinéma paru il y a quelques mois aux Éditions de l’Homme nouveau. Que vous inspire le palmarès des Césars décerné vendredi soir ?

Principalement la satisfaction d’avoir vu l’un des deux grands favoris, Les Garçons et Guillaume, à table ! de Guillaume Gallienne, qui est d’abord un très bon film, personnel et très original, prendre le dessus sur l’autre, La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche, insupportable pensum lesbien, ennuyeusement militant et laidement pornographique.

L’humiliation subie par ce dernier, qui avait monopolisé les récompenses ces derniers mois et ne repart ici qu’avec un César mineur (ce qui fait rager nos amis des Inrockuptibles), vaut bien l’absurdité, hélas habituelle, de voir un même film, celui de Gallienne, repartir avec cinq récompenses, phénomène qui révèle le côté moutonnier et peu imaginatif du milieu du cinéma. Parmi les bonnes surprises, citons aussi le très mérité César du second rôle de Niels Arestrup, et pour les mauvaises, celui de la mise en scène pour Polanski, pour la très théâtrale Vénus à la fourrure, qui est l’un de ses plus mauvais films.

Les Garçons et Guillaume, à table ! a raflé cinq trophées. Pour concourir avec ce film, qui a pour thème “l’ambivalence de genre”, avaient été sélectionnés deux autres films, L’Inconnu du lac et La Vie d’Adèle, autour de l’homosexualité. Dans le contexte actuel, cela fait un peu… beaucoup pour être honnête, non ?

Il faut d’abord préciser que Les Garçons et Guillaume… n’est absolument pas un film militant : c’est le récit, largement autobiographique, d’un garçon qui a été enfermé par sa famille dans une « identité homosexuelle » qui n’était absolument pas la sienne parce qu’il ne correspondait pas aux canons habituels de la virilité. Mais c’est tout de même l’histoire d’un homme qui affirme, contre son entourage, qu’il est bien un homme et un homme hétérosexuel, ce qui le rend difficilement réductible à l’actuelle idéologie du genre !

Le paradoxe, c’est que Guillaume Gallienne a lui-même, durant la campagne de promotion de son film, accepté de rentrer dans le jeu des médias en laissant présenter, ou en présentant son film comme une arme contre l’homophobie, ce qui paraît totalement hors sujet quand on a vu le film. Mais les votants de l’académie des Césars votent autant, sinon plus, sur l’image de ce que les médias ont fait des films que sur les films eux-mêmes – et l’écart est parfois très grand !

Et dans le contexte actuel du cinéma français, où la promotion de l’homosexualité, par le biais de la surreprésentation et de la banalisation, semble devenue depuis quelques années un enjeu prioritaire, et plus encore depuis le succès de la Manif pour tous, ça a certainement joué en sa faveur, comme en faveur de la présence des deux autres films que vous citez, dans un milieu du cinéma qui semble de plus en plus gagné par le militantisme sociétal. Il faut rappeler que le sacre à Cannes de La Vie d’Adèle, le jour même de la troisième giga Manif pour tous, avait été présenté par les médias comme une réplique à celle-ci.

Quels sont, selon vous, les grands oubliés de cette soirée ?

Difficile de parler de grands oubliés pour une année aussi pauvre en grands films. Disons que Laurent Cantet aurait pu mériter le titre de meilleur réalisateur pour Foxfire, qu’on aurait aimé que Tirez la langue, mademoiselle fût récompensé pour son scénario, que La Bataille de Solférino aurait fait un bon meilleur premier film, qu’il était facile de trouver un meilleur film étranger qu’Alabama Monroe, à commencer par La Grande Bellezza ou Mud. Et puis, évidemment, voir monter sur scène Fabrice Luchini, même sans bicyclette, pour faire son numéro d’Alceste ne m’aurait pas déplu…

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