Rwanda : le mauvais procès fait à la France (2/3)

Bernard Lugan s’est fait une spécialité : il tire à vue sur les idées reçues, les clichés et autres mythes construits de toutes pièces. Et il n’en manque pas dès que journalistes et politiciens abordent les questions africaines. Son dernier livre « Mythes et manipulations de l’histoire africaine » les recense et leur tord le cou. Il en compte une quinzaine, de la seule culpabilité européenne dans la traite des Noirs à la prétendue complicité de la France dans le génocide au Rwanda. Boulevard Voltaire a décidé de publier des extraits de cet ouvrage qui s’en prend avec vigueur et talent à l’idéologie de la repentance. Une bouffée d’air frais. Deuxième volet.

Les médias portent cinq grandes accusations contre la France :

1- Paris aurait inconditionnellement soutenu le régime Habyarimana, ce qui est faux car le président Mitterrand a constamment exercé des pressions sur le président rwandais afin de le contraindre à partager le pouvoir et à négocier la paix avec les « rebelles » Tutsi. Quant à l’aide militaire française, elle fut uniquement destinée à éviter un effondrement de l’armée gouvernementale, jamais à lui donner la victoire. Si la politique française a échoué, c’est parce que la recherche d’une solution négociée n’était pas le but de guerre de Paul Kagamé. La raison en est simple : au terme du processus de paix d’Arusha, des élections étaient prévues qui allaient donner une victoire automatique aux Hutu (+ ou – 90 % de la population) sur les Tutsi (+ ou – 10 %). La seule chance de Paul Kagamé d’accéder au pouvoir était donc une victoire militaire quand les Hutu avaient, au contraire, tout intérêt à la paix. La clé des évènements est là.

2- Il est postulé que la garde présidentielle rwandaise fut le fer de lance du génocide et il est régulièrement écrit que ce fut la Gendarmerie française qui la forma. Or, cette unité existait depuis plus de 20 ans quand, d’août 1992 à novembre 1992, la France y détacha un officier et deux sous-officiers chargés essentiellement de remettre à niveau l’unité d’escorte motocycliste.

3- L’Armée française est accusée d’avoir participé au génocide. Or, comme les dernières troupes françaises avaient quitté le Rwanda au mois de décembre 1993, soit cinq mois avant le début du génocide d’avril 1994, comment auraient-elles pu y être mêlées ? Le 6 avril 1994, date du début du drame, étaient en poste au Rwanda 32 coopérants techniques militaires (CTM) belges, 24 CTM français et 16 CTM allemands. Personne n’accuse les armées belge et allemande d’avoir participé au génocide…

4- Le 6 avril 1994, vers 20h20, alors qu’il allait atterrir à Kigali, l’avion du président Habyarimana fut abattu par deux missiles provenant des stocks de l’armée ougandaise, alliée du FPR tutsi. Dans la nuit du 6 au 7 avril, les forces militaires du FPR rompirent le cessez-le-feu en vigueur depuis 1993 et elles entamèrent la conquête du pays. Paralysée par l’embargo sur les armes et les munitions, l’armée rwandaise fut défaite et d’immenses tueries se déroulèrent dans le pays, le génocide des Tutsi étant doublé d’un massacre de masse des Hutu.

Plusieurs de ses ressortissants ayant été assassinés, la France lança une opération d’évacuation baptisée Amaryllis. Du 9 au 13 avril 1994, 1 238 personnes furent ainsi évacuées par voie aérienne dont 454 Français et 784 étrangers parmi lesquels 612 Africains, dont 394 Rwandais (40 % Tutsi, 60 % Hutu). La Belgique évacua 1 226 personnes dont 1 026 Belges, l’Italie et le Canada respectivement une centaine de personnes.

Il est régulièrement affirmé qu’il y aurait eu refus d’évacuation des personnels tutsi de l’ambassade de France. Un télégramme daté du 11 avril 1994 adressé à l’ambassadeur de France démontre le contraire :

(…) le département vous confirme qu’il convient d’offrir aux ressortissants rwandais faisant partie du personnel de l’ambassade (recrutés locaux), pouvant être joints, la possibilité de quitter Kigali avec les forces françaises.

Il est essentiel de noter que les malheureux employés tutsi de l’ambassade et de ses services annexes furent massacrés chez eux, à leur domicile, ou en ville, à des barrages, alors qu’ils tentaient de gagner l’ambassade et cela dans les heures qui suivirent l’assassinat du président Habyarimana, c’est-à-dire les 7, 8 et 9 avril 1994. Or, jusqu’au 9 avril tard dans la soirée, date de l’arrivée des premiers éléments d’Amaryllis, comment, et avec quels moyens l’ambassade de France aurait-elle pu les extraire et les regrouper au milieu d’une situation apocalyptique de guerre classique, de guerre civile et de massacres ? Avec ses 24 CTM dispersés, quasiment non armés et ne disposant pas de véhicules blindés ?

C’était à l’ONU et à sa puissante force de près de 3 000 hommes, dont plus d’un demi millier d’excellents para-commandos belges qui étaient sur place à Kigali, de protéger ceux qui étaient menacés. Là était sa mission. Elle fut incapable de la remplir car son chef, le général canadien Roméo Dallaire, a gravement failli. Pourquoi ne s’est-il pas interposé entre les combattants ? Pourquoi n’a-t-il pas balayé les barrages tenus par des égorgeurs dépenaillés et ivres avec les blindés dont il disposait ? Pourquoi n’a-t-il pas pris position aux carrefours stratégiques afin d’interdire aux tueurs de passer de quartier en quartier ? Pourquoi n’a-t-il pas créé des zones de refuge sécurisées ? Pourquoi n’a-t-il pas cherché à mettre hors d’état de nuire les tueurs ? Là sont les vraies et écrasantes responsabilités. C’est contre l’ONU et contre son chef militaire que des accusations doivent donc être portées, non contre la France dont les troupes n’étaient plus sur place depuis plusieurs mois…

5- Autre accusation devenue « vérité » : la France « savait » qu’un génocide était en préparation. Mais comment pouvait-elle le « savoir » quand le TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda) qui siège à Arusha depuis 1995, a écarté la thèse du génocide programmé ? Ce génocide fut la conséquence de l’assassinat du président Habyarimana, le 6 avril 1994, assassinat qui provoqua la fureur de ses partisans. Les alliés de l’actuel régime de Kigali, à commencer par les États-Unis, ont constamment interdit à la justice internationale d’enquêter sur cet attentat commis en temps de paix, qui coûta la vie à deux chefs d’État en exercice (Rwanda et Burundi).

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