La commission d’enquête parlementaire sur l’action de l’État face aux attentats de janvier et novembre 2015, présidée par Georges Fenech, a rendu son rapport le 5 juillet dernier. Mesure importante de ce rapport, une énième réforme du renseignement. En effet, partant du constat que le renseignement français, qu’il soit intérieur ou extérieur, a été mis en échec lors de ces attentats tragiques, la commission a été amenée à proposer un certains nombre de mesures. Ainsi sont évoquées la refonte du renseignement territorial, une meilleure coordination des services antiterroristes, la création d’une agence nationale antiterroriste, l’élaboration d’une base de données commune concernant les fichés “S” et la nomination d’un directeur national du renseignement.

Pour aussi intéressantes que soient ces propositions, elles souffrent cependant de défauts rédhibitoires, tant sur la forme que sur le fond. Le premier d’entre eux consiste en une absence de vision globale de la lutte antiterroriste. C’est, dans ce domaine, d’une remise à plat totale de notre système sécuritaire et judiciaire que notre pays a besoin. Une réforme des seuls services de renseignement, déjà réformés à de nombreuses reprises, ne résoudra en effet qu’une partie du problème.

Par ailleurs, ces propositions, pour autant qu’elles soient pertinentes, arrivent bien tard. Peut-on imaginer un gouvernement en fin de règne se lancer dans un projet aussi vaste à quelques mois d’élections majeures qui verront, sans doute, se produire une alternance ? C’est peu probable.

Sur le fond, les difficultés ne seront pas moins grandes. La refonte du renseignement territorial, qui devrait entériner la disparition de la direction du renseignement de la préfecture de et l’intégration dans une nouvelle (et inutile) structure (la direction générale du renseignement territorial ) de la sous-direction de l’anticipation opérationnelle de la gendarmerie, risque de se heurter à des résistances farouches. Dans le système sécuritaire français actuel, au sein duquel la préfecture de police de Paris, véritable État dans l’État, et la gendarmerie nationale occupent des places centrales, il y a fort à parier que ces services ne puissent changer de main aussi facilement. Et ceci, même s’il est vrai que les dysfonctionnements observés par la commission trouvent, pour l’essentiel, leur origine dans un trop grand nombre d’acteurs et de structures, mal coordonnés et souvent concurrents.

Oui, il est urgent d’adapter nos services de renseignement et de sécurité à la nouvelle donne liée au terrorisme international. Mais pour cela, il faudra, au préalable, revenir sur une organisation institutionnelle dépassée de nos services de sécurité, en privilégiant la simplification. Le développement du concept de sécurité intérieure, aujourd’hui inachevé, peut nous y aider. Mais pour cela, il faudra faire tomber de nombreuses chapelles, et ce n’est pas à la portée du premier venu, même sur la base d’un rapport parlementaire.

7 juillet 2016

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