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Culture - Economie - Editoriaux - 14 février 2014

“Réforme” des taxis : l’ombre de Jacques Attali

Loin de me faire l’avocat des taxis, je ne peux m’empêcher de constater que cette réforme inopportune cache mal l’influence de certains penseurs libéraux. Si cette profession doit être repensée afin d’assurer une meilleure offre et disponibilité de chauffeurs sur le territoire, ne soyons pas dupes des manœuvres plus générales qui se jouent et qui tendront, à terme, à réformer profondément notre modèle éco-culturel.

Au même titre que les pharmaciens ou les notaires, les taxis exercent une profession « réglementée » ; à ce statut sont joints certains privilèges limitant la concurrence. D’aucuns parlent de « privilèges d’ancien régime », ou de survivance des « corporations ». Le principe du « numerus clausus » dérange. Pourtant chacun de ces métiers a sa spécificité propre, et il ne faut pas les envisager en bloc, car le maintien de leurs statuts respectifs présente bien souvent un intérêt tout à fait réel (la surveillance génère qualité et sécurité dans le service offert au public). L’intense concurrence des VTC, que les artisans taxis ont obtenu de brider, contribue à l’impopularité de ce corps professionnel. Personne, en dehors d’eux-mêmes, n’ira pleurer sur leur sort. Cette mauvaise image conduit le gouvernement, dans son entreprise de libéralisation de la vie économique française, à en faire son cheval de Troie, la première pierre d’un ensemble de mesures beaucoup plus vaste, qui finira par calquer le modèle économique français et continental sur le modèle anglo-saxon. Les taxis sont prêts à être sacrifiés sur l’autel du monde indifférencié et indifférent voulu par les lobbys de la finance. Victimes et coupables d’une vague de populisme libéral à rebours de la mode « anti-système ».

Pour coller au zeitgeist « ricain » sous faux nez « sociétaliste », le gouvernement a décidé de reprendre, là où ils avaient été laissés, les travaux de la « Commission Attali » de 2008. Parmi les membres de cette commission se trouvaient par exemple celui qui deviendra le 82e Président du Conseil des ministres Italien, Mario Monti, ou la PDG d’Areva, Anne Lauvergeon. En creusant plus profondément, on trouve comme rapporteur de ladite commission le séduisant et controversé golden boy de la révolution social-libérale de ce début d’année, Emmanuel Macron. L’objectif est clair, faire passer en douce, et progressivement, les mesures préconisées par Monsieur en 2008.

Galvanisés par les avancées enregistrées dans l’idée de la création du « », les euro-atlantistes zélotes du monde marchand poussent à la libéralisation totale des économies européennes, et au sabordage des derniers bastions protégés. Les taxis ne sont qu’un prétexte, une première marche, car qui s’en soucie ? Personne. Toutes les récentes “avancées”, que ce soit le mariage homosexuel ou le désormais fameux « rapport intégration », vont dans le même sens : l’atomisation des nations européennes en multiples tribus concurrentielles.

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